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jeudi 1 janvier 2026

Allmen et le dernier des Weynfeldt - Martin Suter


Le détective Allmen est mandaté par Adrian Weynfeldt, un richissime amateur d’art qui vient de remarquer la disparition d'un tableau auquel il tient : un Picasso qui n'entre dans aucun catalogue raisonné car réputé faux, il ne souhaite pas contacter la police pour cette raison. Allmen entreprend d'interroger les amis conviés pour un diner et dont au moins l'un d'entre eux aurait pu faire le coup. La requête des vidéoprotections de l'entrée de son immeuble permettrait de voir qui entre ou sort encombré d'un gros paquet mais curieusement les caméras n'ont rien enregistré ce soir là.


Je me suis laissée tentée par ce roman par le bouche-à-oreille et l'ai réservé à la médiathèque (je limite désormais mes acquisitions). C'est très sympathique car les deux protagonistes s'entendent bien dans leur disposition à boire et manger dès que possible, toutefois je n'ai pas réussi à leur donner corps et parfois ils se confondaient dans ma tête.

Moins de 200 pages et pourtant l'enquête avance très lentement, d'interrogation en interrogation. C'est effectivement du genre cosy-mystery quoiqu'il y ait un mort qui n'a rien à voir avec le vol du tableau. La bonne surprise vient des associés d'Allmen, qui sont ses serviteurs qui ont double casquette, c'est drôle et original.

– Eh bien ? demanda Allmen. 
– Il est manifestement très, très riche. Carlos se leva, plongea la main dans la poche ventrale du tablier qu’il portait pour cirer les chaussures et en sortit un morceau de papier qu’il déplia. C’était une photo peu avantageuse d’Adrian Weynfeldt debout à côté d’un chevalet supportant un tableau qui représentait une femme nue agenouillée devant un feu de cheminée. La légende annonçait : Vente aux enchères chez Murphy’s. Femme nue devant une salamandre de Félix Vallotton a changé hier de propriétaire moyennant le prix sensationnel de 4,1 millions. À côté du tableau, sur la photo : l’expert en art suisse de la salle des ventes.
– J’ai tapé son nom sur Google. Il a hérité une fortune de ses parents.

Pour moi c'est une première lecture de cet auteur auquel je crédite un style très correct mais pas exceptionnel. La singularité de ce roman réside surtout dans les protagonistes, plutôt sympathiques.

Structure du roman : bien
Crédibilité de l'auteur : oui
Style : correct et drôle
Coup de coeur : non
Tension narrative : aucune (on se fiche royalement de qui a volé le tableau)
Intérêt de l'histoire : se détendre avec un livre policier sans scène obscène.

publié en 2025
Traduit de l’allemand (Suisse) par Olivier Mannoni

illustration d'entrée de billet : "La Salamandre" de Félix Vallotton (1900) collection particulière.

mercredi 23 avril 2025

Le livre de ma mère - Albert COHEN



Albert Cohen s'épanche sur ses regrets de n'avoir pas su dire à sa mère combien elle comptait pour lui. A présent qu'elle est morte, il la fait revivre dans ses souvenirs et passe en revue toutes les fois où elle a été un point d'appui dans de nombreuses occasions et se lamente de n'avoir désormais plus personne.

Jamais plus sur un banc de square tu ne m'attendras. Tu m'as abandonné, tu ne m'as pas attendu, tu as quitté ton banc, tu n'as pas eu le courage d'attendre le retour de ton fils. Cette fois, il t'a trop fait attendre. Il était trop en retard au rendez-vous et tu es partie. C'est la première méchanceté que tu m'aies faite. Je suis seul maintenant et c'est à mon tour d'attendre sur le banc automnal de la vie, sous le vent froid qui gémit dans le crépuscule et soulève les feuilles mortes en néfastes tourbillons odeur d'anciennes chambres, à mon tour d'attendre ma mère qui ne vient pas, qui ne viendra plus au rendez-vous, ne viendra plus. (p.87)


Effectivement je recommande cette lecture (que je notre 3/5 sur Babelio) pour le style de certaines expressions et émotions, en revanche je trouve que l'auteur patine un peu et radote toujours la même chose au lieu de creuser les pans de leur histoire que l'on devine. Puisqu'il s'agit d'un roman autobiographique, l'auteur aurait pu expliquer pourquoi il ne revoit pas sa mère, qui meurt à Marseille en 1943 alors qu'il se trouve en Angleterre mais il ne dit pas pourquoi il ne peut pas revenir en France pour l'enterrement. On ne sait pas trop de quoi elle meurt : ce n'est pas écrit dans le roman. On ne sait pas non plus à quel moment il écrit le roman qui sort en 1954, on peut imaginer qu'il l'a écrit avant. Il se décrit comme un "homme à femmes" alors qu'en réalité il s'est quand marié (en 1919 une première épouse, en 1931, une deuxième).

A la fin, j'avais plus l'impression que l'auteur avait écrit un mea culpa, un peu tardif, histoire de montrer combien il a finit par écrire de belles choses sur sa mère.

Soudain, devant ma table de travail, parce que tout y est en ordre et que j'ai du café chaud et une cigarette à peine commencée et que j'ai un briquet qui fonctionne et que ma plume marche bien et que je suis près du feu et de ma chatte, j'ai un moment de bonheur si grand qu'il m'émeut. (p.11)

Ne dirait-on pas que l'auteur se félicite lui-même d'avoir autant de chance de pourvoir écrire ? Je suis étonnée que le roman ait eu si peu de critiques pour les raisons évoquées car il me reste comme un goût d'inachevé. Il n'en reste pas moins quelques jolies phrases, témoignage d'un fils qui n'a pas su dire à sa mère combien elle était précieuses pour lui.

En ce qui me concerne, ce livre agit comme un catalyseur : me donne l'envie d'écrire un texte à ma propre mère tant qu'elle est encore auprès de moi.

publié en 1954




illustration : Maurice Denis

samedi 31 août 2024

Un animal sauvage - Joël DICKER


Dans une banlieue de Genève, le couple Arpad et Sophie Braun inspire leurs voisins Greg et Karine qui habitent à quelques mètres de là, dans un modeste pavillon dans un lotissement. Greg est obsédé par Sophie qu'il observe depuis la forêt à travers les grandes baies vitrées jamais occultées de sa maison d'architecte, sous le prétexte de promener sa chienne il ne peut s'empêcher de lorgner sur la maison. Karine de son côté est heureuse d'être l'amie de Sophie car elle voudrait bien lui ressembler. Tandis que le couple Braun respire l'opulence, l'amour, Greg et Karine pataugent dans un morne quotidien. Les deux couples ont deux enfants et c'est grâce à eux qu'ils se sont rencontrés, plus spécifiquement autour d'un terrain de sport, les deux pères étant volontaires à la buvette après les rencontres. Mais dans l'ombre, chacun détient un secret : Sophie n'est pas la gentille avocate qui a bien réussit avec son propre cabinet à Genève, Arpad n'est pas le banquier chargé d'affaires et Greg, profitant de son statut de policier va outrepasser ses droits en violant l'intimité du couple. Lorsqu'un cinquième personnage arrive sur les lieux, un braquage s'annonce et les masques vont tomber un à un.


J'ai lu ce roman avec un intérêt accru malgré la forme non chronologique qui est assez énervante (je ne comprends pas ce choix d'ailleurs). Le suspens est vraiment bien mené et on a hâte de connaitre l'épilogue.
De nombreux chapitres sont consacrés au passé, plusieurs années en arrière pour expliquer l'évolution du couple Braun. C'est utile mais les multiples aller-retour dans la ligne temporel sont vraiment agaçants.

Sophie Braun est l'animal sauvage, celui qui ne peut se contenter d'un carcan imposé par la société. l'auteur passe dans le psyché d'un personnage à l'autre c'est comme si on y était, c'est cela qui plait je pense et qui nous rend intéressés par cette histoire tellement rocambolesque mettant en scène des personnages qui finalement sont très peu sympathiques en tout cas je n'ai ressenti aucune empathie : ce sont des escrocs, un points c'est tout.

Un roman qui se lit vite : du suspens mais ce n'est pas un policier car nous sommes du côté des braqueurs !


- Oui, elle est la panthère de Viscontini. Aucune cage ne pourra l'empêcher d'être ce qu'elle est. Tu dois respecter sa nature. ce sera ta plus belle façon de l'aimer. (p.336)



illustration : Arthur Wardle (Satyr and leopards)





dimanche 30 juin 2024

Prince d'orchestre - Metin ARDITI


Un chef d’orchestre de renommée mondiale est au sommet de la gloire et s'apprête à enregistrer le B16 (seize plus célèbres compositions pour orchestre de Beethoven) auquel il n'arrête pas de penser, réfléchissant aux solistes qui l'accompagneront sans toutefois l'éclipser, y compris lorsqu'il conduit un orchestre (sa maitrise en fait un robot !). A la suite d'une critique, son aura diminue et laisse percer la folie qui l'habite depuis son enfance.

La blessure n'avait jamais cicatrisé. Elle avait été maquillée par un enrobage clinquant et vulgaire de concerts donnés à tour de bras, de gloriole, d'argent, tout cela suivi et amplifié jusqu'à la nausée par une armée d'obligés.

Voici un livre aperçu sur sa petite étagère à l'initiale "A" de ma médiathèque préférée (mon village) et j'ai été attirée par le nom de l'auteur car j'ai déjà lu de lui "l'homme qui peignait les âmes" et j'avais apprécié l'histoire peu conventionnelle (non critiqué).

Au début, j'ai bien aimé malgré l'incipit qui m'a refroidie (un homme se suicide). Au fil des chapitres qui se lisent facilement malgré la présence de nombreux passages sur la musique, j'ai peu à peu déchanté et j'ai ressenti la sensation d'un soufflet qui est resté trop longtemps à l'air libre.
Le héros chef d'orchestre est un rustre, qui n'aime ni sa femme, ni sa mère, ni sa musique et peut-être aussi ni son métier ! Par contre il aime la gloire et la perte de celle-ci (mauvaises critiques) le font "capoter" comme on dit, il entre dans la démence et on a hâte de lire la fin.

Moi qui espérait que ce livre soit une belle histoire car je comptais en acheter un exemplaire pour l'offrir à un ami chef d'orchestre je vais bien vite chercher une nouvelle idée de cadeau car je ne recommande pas du tout cette lecture malgré un style soigné car je n'aime pas l'histoire qu'il raconte.

publié en 2012

vendredi 31 mai 2019

La vérité sur l'affaire Harry Quebert - Joël DICKER


Il y a bien longtemps que je n'avais pas été jusqu'au bout d'un livre ; mes précédentes tentatives ont été suivies d'abandon provisoire ou définitif alors qu'ici j'ai plongé dans ce roman tête la première et le reste a suivi.

L'histoire
New York, Marcus Goldman, un jeune auteur à succès peine à trouver l'inspiration pour un deuxième livre tandis que son éditeur le menace. Il s'invite alors dans le New Hampshire chez Harry Quebert, son ancien professeur de littérature, lui-même auteur d’un best-seller 30 ans auparavant. C'est alors qu'est retrouvé dans le jardin de la maison de Quebert les restes de Nola Kellergan, une jeune fille disparue 30 auparavant et enterrée avec le manuscrit du roman de Quebert qui est immédiatement arrêté. Ne pouvant le croire coupable, Goldman mène une enquête parallèle à celle de la police avec l'intention d'y trouver le développement de son prochain roman tant attendu par son éditeur.

Mon avis
Vous pensez bien qu'avec une histoire pareille, bien construite et qui ne ménage pas les effets de surprise et les fausses pistes on ne peut qu'être enthousiaste. La construction du récit est originale et très étudiée avec des allers-retours entre 1975 et 2008, mais le style n'a rien d'exceptionnel. Quelques passages très beaux sur la création littéraire, l'écriture, le rapport de l'écrivain et sa vie au quotidien et les attentes de ses fans. Mon bémol : une histoire originale mais je n'ai pas du tout été convaincue par le dénouement que j'ai trouvé très moyen et en aucun cas à la hauteur de l'énigme qui m'a tenue intéressée jusqu'à la fin. Voici un extrait hilarant que j'ai relevé :

Qui est-ce ? avait aussitôt demandé ma mère.
- Personne.
-Ne dis pas personne ! J'ai entendu une voix d'homme. Marcus, je vais te poser une question médicale extrêmement importante et il faudra que tu soies honnête avec celle qui t'a porté dans son ventre pendant neuf mois : y a t-il un homme homosexuel secrètement caché dans ta chambre ? 
- Non, Maman. Il y a le sergent Gahalowood, qui est policier. Il enquête avec moi et il se charge également de faire exploser ma note de service d'étage.
- Est-il nu ? 
- Quoi ? Mais bien sûr que non ! C'est un policier, Maman ! Nous travaillons ensemble. 
- Un policier... Tu sais, je ne suis pas née de la dernière pluie : il y a cette chose musicale, des hommes qui chantent ensemble, il y a un motard tout en cuir, un plombier, un indien et un policier...
- Maman, lui, c'est un véritable officier de police. (p.464)


le groupe Village people, la "chose musicale" :-)

mardi 3 juin 2014

MARQUIS Sarah - Sauvage par nature


De 2010 à 2013, 1000 jours et nuits de marche en Mongolie, Chine, Sibérie, Laos, Thaïlande et enfin l'Australie pour l'aventurière Sarah Marquis. Trois ans de marche en évitant (autant que possible) les autochtones aux comportement imprévus, méfiants, voire malfaisants. Les femmes et les enfants n'échappent pas aux réserves de Sarah qui sera parfois une victime de leurs mauvais tours (des femmes laisseront Sarah sans eau ni repas, une fera en sorte d'innonder son campement, des enfants lui voleront son téléphone portable etc...). Pour Sarah, le salut est la capacité à se fondre avec son environnement, voire à se cacher dans la nature.
Mes habits de nuit sont pleins de couleurs et féminins, ils me font sourire, c'est important pour le moral. Ceux de jour me camouflent de par leur couleur sable, leurs odeurs, mais surtout ce sont des vêtements d'homme. Je plie mon camp et effectue mes premiers pas sans regarder au loin. Mon corps mettra deux heures avant de reprendre ses marques et fonctionner sans trop de douleurs. (p.64)

Un récit plein de ténacité, d'espoirs. Un livre édifiant sur les capacités humaines ! J'ai découvert ce livre dans le journal gratuit distribué dans les transports en commun. Je n'avais jamais entendu parler de Sarah Marquis avant, ni dans dans la presse, ni sur les "blogs". Je ne regrette pas mon achat.

J'ai aimé : l'histoire atypique, après cela, on apprécie tout ce que l'on a à portée de mains (eau, nourriture, douche,lit confortable etc...).

J'ai moins aimé : le style. J'ai trouvé dommage qu'il y ait parfois des "redites" qui alourdissent la lecture, mais comme le fond est tout de même passionnant, on a envie de poursuivre. En revanche, je n'ai pas trop aimé le côté "écolo" bouddhiste affirmé (moi non plus je ne mangerai pas d'animaux si j'étais obligée de les tuer mais si on m'offre du poulet fermier, je ne dis pas non), mais ce n'est qu'une fugitive impression.

A lire !



année sortie 2014
édition française Michel Lafon
290 pages (dont 8 de photos)
illustration d'entrée de billet : Sarah Marquis (photo prise sur son site)

le site de l'auteur (on y trouve photos et vidéos, c'est superbe !)