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mercredi 2 juillet 2025

Adèle Hugo ses écrits son histoire - Laura EL MAKKI


A partir du journal (ses écrits) que commence à tenir Adèle Hugo durant l'exil choisi par son père en 1851 (il avait 49 ans), l'auteur transcrit avec brio la vie de la famille et en particulier celle d'Adèle sa seconde fille (21 ans). On suit alors la famille qui se réfugie sur l'île de Jersey après avoir tout vendu, notamment ce qu'ils avaient dans leur appartement de la place Royale (aujourd'hui place des Vosges). Après Jersey, ce sera Guernesey et la maison Hauteville House que Victor Hugo entreprend de meubler soigneusement durant des années lorsqu'il commence à gagner de l'argent de ses publications.

Mais Adèle tient également un journal pour elle-même, sur des feuilles écrites en secret, elle s'exprime de manière lyrique, poétique, voire prophétique. Retrouvées partiellement bien des années après sa mort, rachetées, rassemblées, triées, transcrites et aujourd'hui conservées à la Maison de Victor Hugo, ces nouveaux témoignages permettent à l'auteur de combler d'autres périodes de sa vie (son histoire).

Mes souvenirs remontent à bien loin ou à bien près comme on voudra ; néanmoins je me souviens parfaitement encore de ma toute petite enfance. J'avais deux ans, dans ma très jeune imagination, je vois mon père me taquinant en me chatouillant. Des promenades qu'on essayait de me faire aux Roches. (p.40)

Un livre aperçu dans l'étagère des nouveautés de ma médiathèque, j'ai été attirée par le titre, puis la qualité du livre. Après la jolie préface d'Isabelle Adjani qui a incarné Adèle dans le film de François Truffaut "Adèle H." vu à sa sortie et qui m'avait fort impressionnée. J'avoue avoir eu besoin d'un rappel hors du livre car je ne savais pas pourquoi Victor Hugo s'était exilé : il était alors député et s'était vivement opposé au fait que Louis Napoléon Bonaparte se soit fait élire pour un nouveau mandat(*) par un coup d'état ; il était désormais proscrit et obligé de quitter la France.

(*) La Constitution de 1848 interdisait au Président de la République de se représenter à un second mandat.

Au début de l'exil, Adèle se comporte normalement, elle s'occupe avec la tenue du journal familial. J'ai vraiment trouvé que les autres membres exagèrent, l'empêchant de manger et de dormir pour être la scribe à l'instant "t". Une famille très bizarre ! J'ai peu aimé les passages des "tables qui tournent", un peu trop envahissantes dans le livre, et elles n'apportent pas grand chose au récit en dehors du fait que c'est une preuve toute la famille avait vraiment "un problème" ou s'ennuyait ferme dans son exil : parler avec les esprits, croire que des fantômes rodaient autour de leur maison ("la dame blanche" à Jersey).

On apprend qu'Adèle s'amourache d'un anglais mais l'union ne se réalise pas malgré une promesse de mariage signée par les deux protagonistes. Adèle trouvera un moyen de gagner son indépendance car elle refuse le mariage conventionnel mais elle ne peut subvenir à ses besoins : ses parents la financent avant de la faire rapatrier et l'interner dans un hôpital psychiatrique. C'est très émouvant sa fin de vie, elle meurt après ses frères et parents à l'âge de 84 ans, après être resté près de 40 ans dans une maison de soin.

Le livre est organisé de manière chronologique, et copieusement illustré, les photos sont très intéressantes mais les facsimilés des lettres sont malheureusement illisibles.
Le style est très agréable, l'auteur nous fait part de ses découvertes entre les extraits pertinents permettant le récit de son histoire tragique. Une très belle lecture. 

édité en février 2025


En savoir plus :

lundi 22 juillet 2024

Le roitelet - Jean-François BEAUCHEMIN



Le narrateur (l'auteur) évoque la maladie de son petit frère diagnostiqué schizophrène et passe en revue, de manière non chronologique, le début de la maladie, les épisodes de crise, le temps qu'ils passent ensemble y compris après la mort des parents, les subterfuges dont il use pour aider son frère lors des crises. Prenant comme point de départ la routine d'écrire chaque jour une page de son histoire familiale, l'auteur compose ce recueil de souvenirs, parsemé de rêves donnant parfois un aspect presque fantastique au roman (épisode de la farine !).
« Je me suis souvenu des premiers symptômes : son décrochage de l'école, l'étrange repli sur soi, la perte d'intérêt pour presque tout, les insomnies, les troubles de l'attention puis les si déroutants accès de paranoïa, le mutisme, l'émoussement de l'affectivité, la lente dislocation de la personnalité. » (p.63)
J'avais vu ce titre dans mes recommandations chez Babelio et j'avais eu peur que ce soit vraiment trop triste mais à l'occasion d'une déambulation dans ma médiathèque je suis tombée sur ce très court roman en 63 chapitres d'une ou deux pages pour l'essentiel. Le style est très poétique mais pas superficiel : il décrit très bien son ressentit vis à vis de la maladie handicapante de son frère, repli sur soi, délires de persécution, et l'impact sur lui entre incompréhension, fatalisme 
Deux ans plus tard mon frère et né à son tour, mais le chien cette fois a senti que quelque chose ne tournait pas rond. pendant un an, tous les jours et toutes les nuits pendant de longues heures, cette brave bête est restée plantée au chevet du petit corps, observant sans doute les quelques ombres qui déjà planaient au-dessus du berceau. » (p.80)

mais aussi espoir

« Je me rappelais avoir souffert, et qu'à l'époque ces gens-là m'avaient guéri, en quelque sorte. J'espérais secrètement que les livres aient sur mon frère le même effet bénéfique qu'ils avaient sur moi. C'était difficile à dire. je ne sais trop comment ni pourquoi, les poètes l'aidaient à vivre. » (p.52)

 

publié en 2024





Illustration d'entrée de billet : Philip Hallawell

samedi 29 juin 2024

Framboise - Aurélien FERENCZI



Dans ce florilège de réflexions éparses, je ne crois pas qu'il y ait eu chez Françoise Dorléac de l'artifice ou de la coquetterie. J'ai envie de croire à ce qu'elle dit, de la croire. Comme si, ce jour-là, elle s'était ouverte entièrement, allant gratter dans les recoins de sa pensée, au fond du labyrinthe, derrière des tentures qu'elle aurait mises pour cacher le mal-être et la peur, ce qui la constitue pleinement. (p.101)

Aurélien Ferenczi, journaliste spécialisé dans le cinéma, décide de retracer la courte carrière de Françoise Dorléac morte tragiquement à 25 ans dans un accident de voiture, à partir de documents d'archives et de récit de quelques rares contemporains qui ont bien voulu lui apporter leur témoignage. 

Le récit est non chronologique et prend la forme d'une carte du tendre qui s'appuie sur les films que l'auteur nous relate, à commencer par "l'homme de Rio" qui lui a fait forte impression (que personnellement je n'ai pas du tout aimé car trop loufoque). De film en film, de chapitre en chapitre, on retrousse parfois le temps lorsque Françoise est encore enfant et passe une première audition, est adolescente en vacances avec sa soeur Catherine.

Françoise est passé par l'entrée des artistes, a grimpé en frissonnant l'escalier étroit, emprunté des couloirs tortueux, sentant confusément que les théâtres sont des labyrinthes où ne pas se perdre est un rituel réservé à un peuple élu. (p.38)

Le récit saute donc d'une époque à l'autre, d'un tournage à l'autre, d'un amoureux à l'autre, mais ne prend jamais le chemin de la vraie vie, comme si Françoise n'avait été qu'une actrice, toujours en représentation : elle danse, elle voyage, mais elle n'est pas amie, ni soeur, ni fille, du moins c'est l'impression que j'ai ressentie car le livre ne fait le portrait de Françoise Dorléac qu'à travers ses choix de film ou d'amants et j'aurai aimé des témoignages de ses amis proches, de sa soeur dans ce livre car je n'ai pas vu les deux documentaires que l'auteur évoque à la fin lorsqu'il regrette de ne pas avoir pu visiter les lieux où elle a habité. 

A la fin, l'auteur s'épanche sur sa propre famille qu'il a perdu de vue depuis longtemps (je n'ai pas trop compris l'intérêt dans ce livre).

Impression générale : un joli récit pour découvrir les coulisses d'une vie d'actrice mais qui manque un peu de naturel en occultant la partie psychologique de la femme qui vit tout de même  la révolution sexuelle de ces années-là d'avant 68 (contraception ?), elle aime les animaux (était-elle végétarienne ?), toutes ces choses que j'aurais aimé apprendre sur une actrice que j'admire beaucoup, surtout pour son rôle dans "la peau douce" ; lire ici mon avis.

 


 


🔰Livre reçu gracieusement dans le cadre de l'opération "masse critique juin 2024", merci aux éditions Actes Sud et à Babelio de m'avoir sélectionnée.