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vendredi 28 juin 2024

Séance à la Maison Egyptienne - Maryla SZYMICZKOWA



Peu avant la fin d'année 1898, un soir d'éclipse de Lune, tandis que son mari assiste à l'évènement en compagnie de scientifiques comme lui, Zofia Turbotyńska se rend à l'invitation des Beringer dans la "maison égyptienne" où doit se dérouler une séance de spiritisme en la personne d'Olga Ryczywolska, ancienne artiste de cirque et nouvelle médium qui doit faire sa réputation. Mais la fête est écourtée lorsque le docteur Beringer s'écroule mort, vraisemblablement victime d'un empoisonnement. Zofia Turbotyńska prévient le juge d'instruction Klossowitz afin de mener l'enquête plus discrètement que ne le ferait des policiers. Mais le temps presse, ils ont trois jours pour interroger les protagonistes de la soirée et comme d'habitude, Zofia ne va pas ménager ses interrogations, parfois même au delà de sa loyale moralité.
Ah oui… Car vois-tu, ma chère, le directeur Karliński organise une rencontre pour les intéressés à l’observatoire astronomique, nous allons regarder l’éclipse dans des conditions scientifiques adéquates…(p.22)


Dès que je l'ai vu sur le rayonnage "nouveautés" de ma médiathèque je n'ai pas hésité car j'ai déjà lu les deux premiers romans de Maryla Szymiczkowa (aka Jacek Dehnel et Piotr Tarczyński) et que j'aime beaucoup ces plongées dans le Cracovie de fin de siècle, dûment documentées de journaux d'époque comme le précisent à la fin "les auteurs".
Le style est assez soutenu avec un vocabulaire de qualité, et certainement très bien traduit car très agréable à lire, sans fausse note, ni répétition.
Ce roman est la 3è aventure de l'épouse du docteur Turbotyński qu'on imagine tellement bien parcourir les rues de Cracovie sous la neige ou à bord d'un fiacre.
Le personnage de Zofia est très dynamique et me plait beaucoup et je lirai avec tout autant de plaisir les prochaines enquêtes qui ont déjà été publiées en polonais : La Corne d’Or (en 2020) et Mort à Venise (en 2023).

publié en 2024 (Français), 2018 en polonais


Ce n’était pas que Zofia en voulait à son mari de ne pas l’accompagner chez les Beringer ; son impatience traduisait plutôt de l’excitation. Si elle était réticente à toute démesure ou crédulité excessive, elle nourrissait tout de même en elle un goût pour les choses extraordinaires et neuves, et la séance de spiritisme en faisait incontestablement partie, elle l’attendait donc avec impatience. Au fond, peu lui importait que les esprits existassent vraiment ou non, qu’ils secouassent les tables et toquassent sur l’acajou, ou qu’un ectoplasme fût une substance surnaturelle venant de l’au-delà ou seulement de la ouatine imbibée de saindoux ou encore de la gaze avec du blanc d’œuf. Seul comptait le fait que, outre la vue d’une Cracovie hivernale derrière la vitre du fiacre, se déployait face à elle la perspective d’une merveilleuse soirée : une médium, une table tournante, des habitants de l’au-delà, des individus louches. (p.32)

Illustration d'entrée de billet : couverture du roman en polonais


Pour découvrir les deux premiers romans :
tome 1

samedi 14 octobre 2023

Le rideau déchiré - Maryla SZYMICZKOWA

 


Cracovie, 1895. En cherchant à comprendre les circonstances du décès de sa femme de chambre qui semble avoir été la victime d'un vaurien, Zofia Turbotynska découvre un sombre trafic de traite des blanches dont les ramifications remontent à des personnes insoupçonnables et va s'efforcer de déchirer le rideau des apparences.


Après la découverte du duo d'auteurs de Madame Morh a disparu je retrouve avec joie et satisfaction les trépignantes aventures de Zofia qui ne se contente pas de faire préparer de bons petits plats à son cher mari mais qui cherche avant tout à faire réparer l'injustice surtout lorsque la police semble avoir été un peu trop prompte à abattre le malfaiteur. L'histoire est riche et dense, très bien écrite, le sujet est assez sombre bien entendu puisqu'il est question du v i o l et de la mort d'une jeune fille de 17 ans, l'enquête est bien menée et réaliste, l'héroïne est pleine d'énergie et de ressources pour atteindre son but. Le roman permet aussi de décrire le joug des femmes à cette époque où elles n'avaient que peu de liberté pour elle-même et encore moins quand elles étaient au plus bas de l'échelle sociale.

Elle ressentit une pointe de culpabilité à vivre sa deuxième vie non seulement hors de son mariage, mais aussi à la place de son mariage. Ce qui aurait dû lui suffire en tant que femme - un bon mari, une maison prospère, une activité de bienfaisance, le soutien spirituel de l'Eglise - était assurément passé au second plan . L'excitation qu'elle ressentait lors des recherches rocambolesques du meurtrier surpassait de loin la joie de prendre posément soin de son foyer ; consulter des revues en bibliothèque la réjouissait beaucoup plus que l'étude des livrets de prières, et la collecte de dons pour la rénovation de la cathédrale ne pouvait rivaliser avec la collecte de pistes et les tentatives de les agencer en une mosaïque qui mettrait au jour le secret de l'assassinat de Karolina. (page 286)

  
édité en 2023


Une très belle et intéressante lecture que je recommande, j'espère aussi que les auteurs qui se cachent derrière le nom féminin sur le livre : Jacek Dehnel et Piotr Tarczyński, vont poursuivre les aventures de Zofia dans un troisième roman !



mardi 29 août 2023

Madame Mohr a disparu - Maryla SZYMICZKOWA


L'histoire se déroule à Cracovie à la fin du 19è siècle. Zofia Turbotyńska, l'épouse pleine de ressources d'un professeur d'université décide d'organiser une vente de charité et sollicite la mère supérieure de la maison Helcel afin que les résidents préparent des lots qui seront vendus au profits d'enfants malades. La maison Helcel est une sorte de maison de repos / retraite tenue par des sœurs où les vieillards les plus riches participent à l'entretien des plus démunis. Un jour, madame Mohr disparait inexplicablement et Zofia, adepte des romans policiers suggère de fouiller également le grenier où la pauvre femme est retrouvée morte. Bientôt, une autre résidente est assassinée et alors Zofia, sous couvert de la préparation de son œuvre caritative, va finir par débusquer le véritable investigateur d'une ancienne vengeance au cours de multiples allées et venues dans la maison Helcel, aidée par l'une des sœurs de la maison ainsi que de sa cuisinière.


Encore une pépite dénichée au hasard des rayons de la médiathèque.

J'ai un peu hésité en lisant que l'auteur est en fait deux hommes : Jacek Dehnel et Piotr Tarczyński qui ont choisi le pseudo féminin Maryla Szymiczakow, car j'ai été souvent déçue des livres écrits à "quatre mains" (si je peux dire). J'ai bien fait de me laisser tenter après avoir lu les premières pages j'ai voulu donner sa chance à ce roman et j'ai été bien inspirée car j'ai passé un très bon moment de lecture avec cette héroïne originale, qui tente de se faire-valoir dans la bonne société mais qui en même temps a des vues humanistes. Il y a de toute façon beaucoup d'humour et de dérision dans la description de la plupart des personnages.
La narration est vivante, organisée en chapitres résumés en quelques lignes au tout début. On découvre la vie fort mouvementée d'une femme au foyer qui, n'ayant pas eu la chance d'avoir un enfant (ses dires), cherche à s'affirmer par elle-même, d'abord en arborant dès qu'elle le peut la fierté d'être l'épouse d'un professeur d'université, puis en s'arrogeant le rôle d'une détective (à son compte) pour faire éclater la vérité car elle a un bon coeur même si elle peut paraitre superficielle. De plus elle ne se démonte nullement même quand elle se fait rabrouer, elle réfléchit pour rebondir et trouver un moyen d'obtenir satisfaction.

J'ai trouvé cette nouvelle enquêtrice tellement intéressante que j'ai dans la foulée réservé la deuxième histoire écrite par les auteurs.

On découvre aussi un peu l'Histoire avec un épisode de massacre de nobles par leurs serviteurs (insurrection de Cracovie : les nobles de Galicie se font massacrer par des paysans à la solde de l’Autriche).

Le roman décrit aussi les différentes classes sociales, leurs activités "mondaines" : inauguration de théâtre, enterrement de personnalités. Le tout étant raconté dans une langue ironique, parfois sarcastique mais toujours à propos.



- Vous voulez plaisanter ! s'offusqua Zofia et, voyant que la situation se dégradait, elle décida d'en référer à la plus haute instance. Vous ne comprenez pas, mon mari est professeur. De médecine ! A l'université ! ajouta-t-elle immédiatement pour qu'on ne la prenne pas pour l'épouse d'un quelconque enseignant de lycée.
- Non, chère madame, c'est vous qui devez plaisanter. C'est moi qui dirige l'enquête et celle-ci concerne exclusivement l'assassinat brutal commis sur Mme Krzywda. Vous permettez que des questions comme celle de l'autopsie soient décidées par des spécialistes. Pardonnez-moi encore, mais la profession de votre mari n'a rien à voir ici. Jusqu'à ce jour, une seule femme a étudié dans notre université, et je pense que toutes les personnes présentes ici s'accorderont pour dire que c'est amplement suffisant. (page 119) 


Edité en 2015 lors de sa sortie, je trouve que le titre polonais résume mieux le roman (tajemnica domu helclów : le mystère de la maison Helcel).
Traduction française en 2022 par Marie Furman-Bouvard (merci à elle !)