Septembre 1984, Sœur Blandine est retrouvée assassinée dans une mise en scène macabre : les murs portent des lettres inconnues. Le nouvel inspecteur Walkowiak dit « Walko » est chargé de l’enquête. Lui et son épouse viennent d'arriver dans la la Haute-Loire afin que madame fasse son internat en psychiatrie. Or la sœur Blandine y travaillait. Progressant lentement mais sûrement, Walko découvre des agissements louches, mais pas autant que le comportement de sa femme qui travaille aux côtés du docteur Goldet, au sourire trop beau (comme celui de l'ange au sourire de la cathédrale de Reims) pour être honnête.
Un roman policier assez court et bien rythmé en chapitres datés que j'ai lu en une journée car je ne pouvais le lâcher, désirant en connaître le dénouement. L'un des malades que l'on évoque dans le roman a été victime des khmers rouges et en garde des séquelles irréversibles, il se croit poursuivi par des diables noirs.
Il avait quitté les diables noirs alors qu’ils le retenaient dans un campement situé à proximité de l’endroit où toute la journée ils creusaient, pendant que d’autres évacuaient la terre et les cailloux à dos d’homme ou de femme.
À peine arrivé au Puy, quelque chose l’a achevé : il s’est retrouvé au milieu des inondations de septembre 80. Tu connais bien sûr.
— Tout le monde s’en souvient ici.
— C’est fréquent que des gens tombent dans la maladie mentale longtemps après des évènements horribles qu’ils ont vécus ?
— Très fréquent. C’est même le cas de figure qu’on rencontre le plus.
— Apparemment, d’après Paul, il avait des hallucinations. Il pensait être persécuté par des diables noirs.
L'auteur étant médecin, les évènements médicaux afférents à l'histoire sont crédibles. L'auteur évoque aussi les différents cas de placement des malades mentaux ou indigents en hôpital psychiatrique ainsi que les évolutions des lois en ce domaine, intéressant. De même, par le biais du docteur Goldet, l'auteur explique comment on est passé de l'entrave physique (camisole de force) avec la prescription de médicaments.
La maladie mentale en avait transformé certains en zombies, à moins que ce ne fût le traitement, car, Irène s’en aperçut assez vite, Goldet était très généreux dans ses prescriptions de psychotropes.
Des évènements réels (inondations de septembre 1980) ainsi que les descriptions géographiques dans la région du Puy-en-Velay permettent de bien ancrer le récit dans une atmosphère de province réaliste. J'ai apprécié la temporalité des années 80 avec les détails tels que le téléphone à touches qui remplace celui à cadran par exemple, ou encore l'appareil photo à pellicule.
Le style de l'auteur est vivant, bien travaillé, sans emphase, bien dosé avec des pointes d'humour.
C'est un coup de cœur pour commencer ce mois de lecture.
 |
| publié en 2026 (Librinova) |
Goldet souriait aux anges en sortant de chez la vieille femme, tenant à la main un chiffon de papier journal qui enveloppait des croquets, faits avec amour par Mme Chapelle.
« L’ange du sourire » pensa Irène.
Mais déjà Goldet lui tendait les gâteaux. Elle déclina d’un signe de tête. Ils étaient maintenant à cinquante mètres de la maison, dans une ruelle qui obliquait vers la droite en pente légère. Goldet vit une poubelle métallique que quelqu’un avait oublié de rentrer après le passage hebdomadaire de la Voirie. Il regarda derrière lui, s’assura que la vieille dame ne pouvait plus le voir et jeta dans le récipient les croquets encore emballés.
— Alors Irène ? Votre diagnostic ?
— C’est une psychose hallucinatoire chronique. Elle doit faire des bouffées délirantes de temps à autre, quand elle oublie ses médicaments.
— En effet. Mais elle n’oublie pas ses médicaments.
— Comment cela ?
illustration d'entrée de billet : l'ange au sourire de la cathédrale de Reims