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vendredi 15 août 2025

The Silversmith’s Puzzle - Nev MARCH



1894. Jim Agnihotri et son épouse Diana Framji sont de retour à Bombay, accompagnés d'Adi le frère de Diana. Tous trois arrivent d'Angleterre où Adi s'était réfugié après avoir été accusé du meurtre de Satya, son ancien camarade d'Oxford et associé dans sa manufacture d'instruments chirurgicaux en argent désormais en banqueroute. La famille Framji est heureuse de cette réunion mais ne peut cacher sa perte sur plusieurs tableaux : le commerce du père a du plomb dans l'aile après de mauvais investissements et la famille a dû congédier de nombreux serviteurs. Par ailleurs, ils subissent toujours une sorte de mise à l'écart dans des cérémonies importantes parsies, du fait du mariage de Diana avec un étranger à leur religion.

Avec quelques indices de départ, murmurés par le mourant à Adi, seul témoin, Jim tente de compléter un puzzle dont il est bien loin de connaître la forme car en effet, plusieurs affaires sont imbriquées. Il lui faut retrouver qui a poignardé à mort Satya Rastogi, lequel cachait plusieurs secrets, afin d'innocenter Adi et se faisant, il cherche à comprendre pourquoi Satya avait besoin d'une grande somme d'argent, au point de falsifier une reconnaissance de dette, pourquoi il cachait une statue de Ganesh en argent recouverte d'or, pourquoi il s'est éloigné de sa famille brahmane, des orfèvres réputés dont tous les membres vivent ensemble dans une grande propriété.
Je termine à l'instant le 4è roman des aventures de Jim et Diana, dont le thème est toujours de nature policière avec meurtre et mystère. Pour rappel, je veux présenter l'ordre de lecture pour une meilleure appréciation des protagonistes :
  • tome 1 : Murder in Old Bombay Bombay 1892. On fait connaissance avec Jim qui est embauché par Adi Framji  afin de découvrir qui a tué son épouse et sa jeune soeur. Jim rencontre Diana, une autre soeur de Adi, et les deux tombent amoureux.
  • tome 2 : Peril at the Exposition. 1893. Jim et Diana sont désormais mariés et américains ; Jim travaille pour l'agence de détectives privés Dupree et Diana apprécie de l'aider. Ils doivent empêcher une bombe d'exploser lors de l'exposition universelle à Chicago.
  • tome 3 : The Spanish Diplomat’s Secret. 1894. Jim et Diana naviguent vers l'Angleterre, un noble espagnol est étranglé dans une pièce fermée de l'intérieur. Le capitaine du paquebot demande à Jim de trouver le coupable avant qu'ils ne débarquent en Angleterre.
  • une nouvelle qui s'insère entre les tomes 3 et 4 : A Disgraceful Embrace : A Short Story. 1894. A Londres, Jim est mandaté par le cabinet Dupree car un de leur client a été emprisonné pour homosexualité.
J'ai eu plaisir à poursuivre les aventures de Jim et Diana sans faire abstraction de quelques points négatifs que je peux comprendre lorsque l'on sait que l'auteur cherche à insérer dans son roman des personnes et des faits historiques, quitte à les déplacer dans l'axe temporel, c'est elle qui l'écrit à la fin du roman. Cela conduit par exemple à l'évocation de personnages, telle Cornelia Sorabji, première femme diplômée de l'université de Mumbai, la première femme à faire des études de droit à l'université d'Oxford et première femme avocate en Inde (on l'évoque également dans le roman Les veuves de Malabar Hill de Sujata MASSEY, dans le roman c'est une amie de Diana depuis leurs études en Angleterre.

Les nombreux mystères que doit résoudre Jim me font penser aux 12 travaux d'Hercule et cette masse de péripéties dessert le fil principal de l'énigme de départ en apportant de trop nombreux personnages. Jim devra donc en cours de route infiltrer une succursale de la Royal Mint à Bombay (hôtel de la monnaie anglaise de Bombay) pour découvrir comment un lingot d'or a pu être remplacé par une contrefaçon, se mettre en quête de l'auteur de la tentative d'assassinat du vieux jardinier resté habiter dans la manufacture d'argent car il n'a nulle part où aller, et bien d'autres pistes qu'il doit suivre, parfois en son propre nom, parfois sous couverture en se déguisant.

Find out how it was done, and by whom! I cannot sleep or eat until I uncover the culprit! When this load of bullion reaches the Bank of England, the fake will surely be discovered. My name, my reputation will be dust. Worse than dust. To a Parsi, to be known as a thief, a criminal … you cannot imagine what this means. My life will be over, but that matters not. My wife and children will be pariahs! Beggars will spit on them!”

« Découvrez qui a pu faire cela et comment ! Je n'arriverai pas à dormir ni manger tant que le coupable n'est pas découvert ! Lorsque le chargement de lingots parviendra à la Banque d'Angleterre, la fraude sera certainement révélée et mon nom, ma réputation seront réduits en poussière. Pire que cela. Pour un Parsi, être affiché comme un voleur, un criminel… vous n'imaginez pas ce que cela signifie. Ma vie sera finie, mais peu importe. Ma femme et mes enfants seront des parias ! Les mendiants leur cracheront dessus ! » 
 
carte postale "Royal Mint" à Bombay

Jim est fidèle à lui-même : téméraire et plein de tendresse, c'est le personnage principal de toutes les histoires. Son épouse Diana n'est présente que par touche de couleur, comme ses toilettes, robes européennes ou saris copieusement détaillés, un peu comme une marionnette faire-valoir, j'aurais aimé que l'auteur lui donne un rôle plus équilibré, au lieu de quoi Diana ne semble préoccupée que par sa fausse couche et à organiser une soirée pour ses anciennes connaissances. Adi est aussi un personnage important dans ce 4è tome, quoiqu'il passe la majeure partie emprisonné, il est le frère de Diana âgé de 2 ans de plus et on les prend pour des jumeaux car ils sont très proches de caractères et d'allure, c'est aussi le meilleur ami de Jim c'est pourquoi ce dernier fait tout pour lui éviter de finir la corde au cou.

Toutefois, l'auteur, elle-même une parsie zoroastrienne, tisse ses énigmes autour de plusieurs sujets de société qui lui tienne à coeur : le mariage mixte (parlant de religion), la vente d'enfants abandonnés, les castes, les parias, la pauvreté et elle n'est pas avare de détails sur les habitations, les jardins, les arbres et l'odeur des fleurs, une véritable plongée dans un pays entre traditions et modernité.

She flicked her head, saying, “We are Daivadnya Brahmins. Only family members can become goldsmiths. You see that girl?” She pointed at a child working in the garden. “She is from another caste, a low caste. Do you think just anyone can handle gold?” She scoffed and returned to shelling her peas.
Elle fit un signe de tête en disant : « Nous sommes des Brahmanes Daivadnya. Seuls les membres de notre famille peuvent devenir orfèvres. Vous voyez cette fille ? » Elle désigna une gamine qui travaillait dans le jardin. « Elle est d'une autre caste, inférieure. Pensez-vous que n'importe qui puisse manipuler de l'or ? » Elle ricana et retourna écosser ses petits pois.

Chhatrapati-Shivaji-Maharaj-Park
Le parc Chhatrapati Shivaji Maharaj


La fin ouvre la possibilité d'un 5è roman lorsque McIntyre, le commissaire principal de la police de Bombay propose à Jim une nouvelle affaire : partir à la recherche du colonel Sutton, l'ancien commandant de Jim lorsqu'il était à l'armée, récemment disparu au cours d'une chasse au tigre.

Je suivrai évidemment cette nouvelle aventure car j'apprécie les moments que je passe avec Nev March qui me mettent dans une sorte de bulle temporelle ; j'espère que le personnage de Diana prendra un peu plus d'épaisseur car même si elle accomplit quelques tâches qui ont leur importance, elle n'est pas assez exploitée pour une série littéraire qui annonce "un couple de détectives".

publié en 2025 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



illustration : statue de Ganesh par Laura Olsen via licence unsplash

samedi 26 juillet 2025

The Spanish Diplomat’s Secret - Nev MARCH


1894. Le capitaine Jim et son épouse Lady Diana naviguent sur un paquebot en direction de l'Angleterre quand survient un meurtre : Don Juan Nepomuceno, un dignitaire apparenté à la famille royale espagnole a été assassiné et retrouvé dans le salon de musique fermé de l'intérieur. Le commandant de bord demande à Jim de découvrir le coupable avant leur arrivée sur les côtes anglaises sous peine de voir tous les passagers retenus à bord ; il ne reste que 6 jours et il y a des centaines de dépositions à recueillir. Côté personnel, Jim a l'impression que Diana lui cache quelque chose : est-ce lié au fait qu'ils n'ont pas encore d'enfant ? Pour couronner le tout, il a le mal de mer et son enquête patine, heureusement que Diana a une idée derrière la tête : elle aussi aimerait bien être enquêtrice.

Le regard perdu dans le brouillard, il se frotta la nuque, puis dit : « Je vais vous le dire. Ça ne servira à rien, mais voilà : il y a vingt ans, une corvette espagnole a intercepté un petit bateau à aubes au large de Cuba. Vous savez où c'est ? »

« Non. »

« Au sud de la Floride. Une colonie espagnole. Le Virginius était un petit navire américain. L'Espagne a prétendu qu'il s'agissait de pirates. Elle a saisi le navire. Ça a fait beaucoup de bruit. »



Après avoir résolu le meurtre de deux jeunes femmes dans Murder in Old Bombay, déjoué un complot sanglant lors de l'exposition universelle de Chicago dans Peril at the Exposition voici le valeureux Jim embarqué à bord d'un paquebot pour une traversée fort mouvementée.

L'auteur évoque cette fois encore un épisode historique appelé l'affaire du Virginius (un navire battant pavillon américain a été abordé par un navire de guerre espagnol au large de Cuba, les espagnols ont exécuté 53 marins britanniques et américains au prétexte qu'ils apportaient de l'aide aux insurgés de Cuba alors possession espagnole). Protagonistes et témoins de cette période vont s'affronter en huis-clos occasionnant bien des préoccupations au couple de détectives. 





Du fait de la présence de personnages appartenant à une série littéraire, l'auteur évoque leur passé en Inde puis à Chicago mais ces rappels sont trop répétés ; pour moi il faudrait faire un prologue et ne plus revenir sur "qui est qui" car cela n'avance pas le récit en cours et perturbe la lecture. Mais il y a beaucoup d'humour qui font la différence avec d'autres auteurs qui semblent remplir des pages et ceci explique que j'aime suivre les aventures de ce couple peu ordinaire.

Son regard passa de Diana à moi. « Tu n'as pas l'air américaine. » Diana sourit. « En Amérique, tout le monde vient d'ailleurs, sauf quelques-uns qu'on appelle Amérindiens. En fait, je suis indienne, je viens d'Inde ! »

Un roman assez dense foisonnant de détails aussi bien dans le décor, que dans les relations entre les passagers. J'ai retrouvé à bien des égards le style d'Agatha Christie c'est à dire des fausses pistes, des faux témoignages, des doutes sur l'intégrité de certains personnages qui semblent angéliques et pas d'effusion d'hémoglobine.

Je reste un peu sur ma faim concernant les personnages qui sont traités comme des ombres chinoises (mon impression) entre Jim qui vomit ses tripes car il a le mal de mer et Diana qui se sent l'âme d'une samaritaine. Le prochain roman leur fait retrouver Adi, le frère de Diana qui les attend en Angleterre, avec pour corollaire un retour en Inde et ça, j'ai bien hâte de voir comment la communauté parsie va accueillir notre couple mixte expatrié.

Diana et moi étions arrivés sur Ellis Island à l'automne 1892. Notre dossier d'immigration avait été traité et validé au bout d'un après-midi qui n'en finissait pas avant que notre naturalisation soit obtenue. Nous nous étions alors réjouis d'être Américains mais encore nous fallait-il nous habituer à cette nouvelle identité.


publié en 2023 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)




Suivez le lien pour en savoir plus sur L’affaire Virginius (1873)

dimanche 29 juin 2025

Peril at the Exposition - Nev MARCH



Le capitaine anglo-indien Jim Agnihotri (30 ans) et son épouse Lady Diana (21 ans) s’installent à Boston (Massachusetts) pour vivre librement leur amour loin des règles sociales des Parsis à Bombay. Après la résolution du mystère précédent (Tome 1 "Murder in old Bombay"), Jim travaille désormais dans l'agence de détectives Dupree. Grand fan de Sherlock Holmes qu'il a lu durant sa convalescence après une grave blessure au combat (voir tome 1), Jim initie sa jeune épouse à l'art de la déduction. Sa nouvelle affaire l'emmène à Chicago lors de l'exposition universelle de 1893 où un agent de sécurité a été assassiné sur le site de construction de l'expo universelle, et le détective de l'agence parti en investigation ne donne plus de nouvelles.  Jim va choisir de s'immerger sous couverture dans le monde dans les docks, entrepôts et tavernes où gronde un nouvel ordre social qui se rebelle contre le travail mal payé. Au bout de six semaines et sans nouvelles de lui comme ce qui était convenu, Diana décide de partir pour Chicago où elle va bien malgré elle, se mettre en danger de mort.


- N'allons-nous pas voyager ensemble ? dis-je.

Il sourit et ses dents blanches étincelèrent.

-Je voyagerai dans la voiture des personnes de couleur mademoiselle.

Il réajusta son chapeau et fit signe au portier avant de disparaître dans la foule en mouvement. Bien entendu, il était obligé de voyager dans une voiture séparée, je me sentis idiote de ne pas l'avoir compris. Je fronçais les sourcils, agacée. Est-ce que les indiens étaient considérés comme étant de couleur ? Un groupe de famille immigrantes se pressait derrière moi aussi j'entrais dans le véhicule pour constater que tous les sièges étaient pris. (p.30)

Dans cette suite des aventures de Jim et Diana, nous découvrons leur vie maritale loin de l'Inde et ses règles strictes concernant la communauté parsie qui ne tolère pas l'union d'une parsie avec un non parsi. Les deux personnages sont complémentaires et ont chacun du caractère, Jim et sa force malgré les multiples blessures reçues au combat, Diana et sa tenace perspicacité.

Les chapitres alternent le récit de leur aventure du point de vue des deux personnages, ce que j'ai beaucoup apprécié. Loin de sa famille, Diana doit s'entourer de personnes de confiance mais elle découvre peu à peu que tous ne lui veulent pas que du bien.

J'ai aimé le mystère qui consiste à une course contre la montre (littéralement) car un groupe d'anarchistes veut causer un attentat à la bombe en pleine exposition. Le déroulement des faits, la découverte des indices et l'issue sont globalement bien menés même si certains faits ont une coïncidence qui tombe à pic (je pense à la comparaison des écritures qui révèle l'identité d'un malfaiteur). L'auteur évoque avec subtilité le racisme avec le traitement réservé aux noirs, en la personne de son accompagnateur Tobias) : ils ne voyagent pas dans les mêmes véhicules. Je précise que Diana, bien qu'Indienne a la peau blanche car descendante des Perses qui émigrèrent au VIè siècle en Inde lorsque la Perse fut envahie par les musulmans.

L'auteur est excellente car elle insère beaucoup d'humour comme dans le passage, là aussi pour dénoncer le racisme, elle évoque le fait que les Chinois, tout comme les femmes, n'ont pas le droit d'acheter un commerce car, soit disant ils ne comprennent rien aux chiffres !

Les chinois, et les femmes, ne sont pas autorisés à posséder une entreprise Jim ! Apparemment, la loi estime que ni l'un ni l'autre ne comprennent rien aux mathématiques. Elle fit la moue puis éclata de rire.

C'est pourquoi j'ai tout mis sous tom nom Jim, maintenant tu possèdes une boulangerie et une mine de cuivre. (p. 334)

J'ai moins aimé le personnage travesti que Diana s'évertue à appeler par son prénom féminin alors qu'elle sait très bien que c'est un homme, lui aussi sous couverture, qui aime se travestir en femme. J'avais l'impression que l'auteur utilisait Diana, très ouverte d'esprit, pour faire passer les autres personnages, à commencer par son époux, pour des puritains car à de nombreuses reprises, Diana explique que "Martin" préfère être une femme, or le traitement du transsexualisme dans ce roman n'apporte rien au mystère, car des détectives qui se déguisent en femme il y en a toujours, pas besoin de parler de sexualité.

J'ai en revanche trouvé très drôle que l'auteur développe une héroïne innocente mais espiègle, qui se propose d'apprendre à son mari comment consommer leur mariage.

- Et bien ! dis-je, appuyée sur lui, c'est une bonne chose que j'ai pu discuter avec une experte qui a pu m'apprendre comment... on danse. Laisse-moi te diriger veux-tu ?

Il sembla stupéfié. Une experte dis-tu ?

Un jour, je lui raconterai mes conversations avec maman qui a mis au monde 5 enfants.

-Laisse moi te guider.

Un sourire éclata dans son regard en se répandit dans tout son visage. (p.337)

Sinon, au point d'aisance de lecture, j'ai peu galéré car le roman est long, il y a beaucoup de personnages, de scènes, de dialogues, heureusement que lire un ebook permet d'obtenir rapidement l'accès au dictionnaire en ligne voire une traduction. Je recommande ce principe lorsque l'on désire améliorer sa lecture en VO.



publié en 2022 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



illustration : exposition universelle de Chicago en 1893

dimanche 13 avril 2025

A Disgraceful Embrace : A Short Story - Nev MARCH



1894. Le capitaine Jim, son épouse Diana et Adi, le frère de celle-ci, sont à Londres et se préparent à retourner en Inde. Mais avant de reprendre le bateau, Jim est pressé par son patron monsieur Dupree de résoudre un petit problème de mœurs : dans un club de gentlemen, l'un de ses amis a été surpris par un certain marquis avec un autre homme dans une étreinte qui ne laisse aucun doute sur sa nature et a été emprisonné à Newgate, une horrible prison connue pour ses conditions de détention ignobles. Jim va déployer une carte maîtresse pour sortir son client de ce mauvais pas : jouer la carte de la renommée.



Cette nouvelle précède le 4è tome des aventures de Jim et Diana, c'est une sorte d'avant-goût pour faire patienter le lecteur comme l'indique l'auteur à la fin :

J’espère que vous avez apprécié cette petite histoire que le capitaine Jim appelle "le problème de Petersmith" dans le chapitre trois de mon prochain roman "the silversmith's puzzle" à paraître en mai 2025. Les trois premiers chapitres sont ici un bonus pour les lecteurs fidèles.

L'originalité est que cette fois, c'est Diana qui est le narrateur. Jim va faire pression sur le responsable du club et argumenter le fait qu'il va perdre des clients s'ils portent l'affaire devant la justice ; pour garder sa notoriété, le responsable du club va demander au marquis de revenir sur son témoignage et les accusés d'attente aux bonnes mœurs sont relâchés.
L'histoire en elle-même n'a que peu d'intérêt puisque assez courte, mais elle est drôle et montre, si on ne le savait pas encore, le tempérament de notre couple de détectives atypique.

(ma traduction)
Jim - Apparemment, le marquis les a trouvés en ouvrant la mauvaise porte. Ils étaient dans un salon privé et avaient demandé au concierge de ne pas être dérangés, cependant le marquis s’est trompé d'étage et a ouvert la porte. Je ne pense pas que c'était intentionnel.
Diana - « Alors, comment avez-vous manœuvré pour sauver Frank et P ? » demandai-je, perdant patience.


publié en mars 2025


illustration : Perkins HarnlyFoyer - Men's Club

samedi 5 avril 2025

Murder in Old Bombay - Nev MARCH


MEURTRE DANS LE VIEUX BOMBAY

1892. Le capitaine Jim Agnihotri est à l’hôpital militaire de Poona, à 4 h de route de Bombay, et passe ses journées à lire les journaux ou les romans de Sherlock Holmes. Un article dans un quotidien attire son attention : Adi Framji, un jeune veuf a publié un plaidoyer évoquant la mort de sa femme et de sa jeune soeur qui se seraient jetées d'elles-mêmes de la tour de l'horloge de l'université en plein après-midi. Le jeune veuf ne croit pas à la thèse du suicide conclu par la police. Une fois sorti de l'hôpital, Jim rejoint Bombay où il se présente au journal du quotidien pour un poste de journaliste et propose au rédacteur en chef de reprendre l'investigation sur le meurtre des deux jeunes femmes. Introduit dans la maison des Framji, Jim accepte de travailler pour Adi au lieu d'être mandaté par son journal. Sa tâche est de retracer les évènements qui ont conduit les deux jeunes femmes à leur mort et de découvrir le secret qu'elles ont gardé pour elles. Jim fait la connaissance de Diana, la soeur d'Adi Framji tout juste rentrée de Londres où elle a fait des études. Les deux jeunes gens sont de suite très attirés l'un par l'autre, mais la famille Framji est de religion parsie et cela empêche toute union avec une personne non parsie sous peine d'exclusion de cette communauté.




Contexte

Après les romans de Sujata Massey j'avais envie de poursuivre mes lectures avec la même atmosphère et je suis tombée sur ceux de Nev March. Ce roman est le premier tome des mystères du capitaine Jim et de Lady Diana.

Les personnages

Capitaine Jim Agnihotri est un anglo-Indien avec un père inconnu anglais et une mère indienne de la caste supérieur des brahmanes ; il a été confié dans une mission et en est parti pour s'engager dans l'armée britannique où il a servi dans la "Fourteenth Light Cavalry” (14è régiment de cavalerie légère).

Blessé au combat, il souffre d'un grave syndrome de stress post-traumatique et est rendu à la vie civile. D'un esprit combatif et généreux, très bien élevé il a pour but d'aider les autres. Ses origines mixte indo anglaise et sa couleur de peau plus claire lui permettent de s'immerger dans diverses communautés des plus pauvres aux plus riches sous divers déguisements. Tout cela ne va pas l'empêcher d'être régulièrement blessé soit au cours de son investigation, soit sur le ring car l'ancien capitaine est un boxeur né !

I was thirty, an age when many soldiers were retired and married, with a brood of three or four. But an Anglo-Indian is rarely welcome, and finding a wife would not be easy. No, I needed a job, a direction. I needed this post almost as much as Adi needed to lay his ghosts to rest. I was on the hunt, and it felt good to have a goal.
[ma traduction] J'avais trente ans, un âge où beaucoup de soldats sont retraités et mariés, avec trois ou quatre enfants. Mais un Anglo-Indien est rarement apprécié et il n'est pas simple pour lui de trouver une épouse. Non, j'avais besoin d'un travail, d'un but et je ressentais le besoin d'accepter cette proposition autant qu'Adi avait besoin d'enterrer ses fantômes. J'allais partir en chasse, et c'était bon d'avoir un objectif.

 

ma représentation de Jim et Diana

Lady Diana est une jeune femme parsie qui a étudié en Angleterre ; au début du livre, elle revient à Bombay et entame une relation privilégiée avec le capitaine Jim dont elle se sent très proche et qu'elle veut à tout prix aider dans sa poursuite de la vérité. Ella s'habille soit à la mode anglaise, soit parsie. Elle fête ses 20 ans. A Oxford, elle a croisé Cornelia Sorabji, qui a réellement existé, elle la cite parfois comme exemple.

Burjor put down his spoon. “Diana. You know that would be unwise.” His somber look passed from Diana to me. “Society has rules, Diana. Breaking them carries consequences. Take your friend Cornelia, twenty-four years old and unmarried. When her father converted to Christianity, his own family disowned him. (p.364)
[ma traduction] Burjor reposa sa cuillère. "Diana, tu sais que ce ne serait pas prudent". Son regard sombre quitta Diana et se posa sur moi. "La société a des règles ma fille. Les briser entraîne des répercussions. Prend l'exemple de ton amie Cornélia, 24 ans et toujours célibataire car lorsque son père s'est converti au christianisme, sa propre famille l'a désavoué.


ma représentation de monsieur et madame Framji
les parents de Adi et Diana
(photographies de Philippe Jacques Potteau)

Une énigme basée sur une histoire vraie 

Le drame de départ est basé sur une histoire vraie : en 1891, deux filles de la communauté parsie ont chuté de 60 mètres depuis la tour de l’horloge de Rajabai à Bombay et la cause réelle de leur mort n'a jamais élucidée.

carte postale mémorielle des jeunes Godrej

Nées à la fin des années 1800, deux filles Godrej étaient des belles-sœurs. L’aînée, Bacha Godrej, était l’épouse de 20 ans d’un étudiant en droit de 22 ans, Ardeshir Godrej. Sa sœur de 16 ans, Pilloo Kamdin, était déjà mariée, mais n’avait pas encore rejoint la maison de son mari. Ces deux jeunes femmes s’étaient rendues à l’université cet après-midi-là, avaient grimpé les 200 marches qui menaient à la galerie de la tour de l’horloge, et l’une d’elles, puis l’autre, étaient mortes. Des témoins avaient assisté à une altercation entre des jeunes hommes dans l’heure précédant la mort des femmes, ce qui avait donné lieu à une enquête et à une arrestation. Toutefois, les circonstances exactes de la mort et l'identité du ou des meurtriers éventuels n'ont jamais été élucidées.

Les ressources de l'auteur

L'auteur, elle-même parsie de naissance, désormais américaine (mariée avec un homme qui n'est pas parsi), s'est plongée dans les archives familiales dont elle a hérité, en particulier un livre écrit par Delphine Menant dont elle s'est procuré une traduction anglaise.


De nombreux localisations dans le roman sont celles de sa famille qui habite en Inde, par exemple "Forgett Street" où habite le capitaine Jim, ou encore Poona. Certains noms propres sont également tirés de la vie réelle.

L'auteur utilise quelques évènements historiques pour illustrer certains passages de son roman comme la mutinerie des Cipayes de 1857 ; on pourra voir un film qui explique ce drame "Mangal Pandey - The Rising (2005)".

D'autres thèmes sérieux sont abordés : la cérémonie du sati (crémation des veuves), la prostitution d'enfants (une jeune orpheline de 12 ans est proposée à Jim par son "maître" en échange de 2 roupies) ou encore la traite d'esclaves en partance pour la Guyane.

La Tour Rajabai ou tour de l'horloge


 




  • Principal lieu du drame qui a frappé les jeunes dames d'une mort atroce, la Tour Rajabai existe encore et domine le campus de l’Université du haut de ses 85 mètres.
  • Architecte : Sir George Gilbert Scott qui s’est inspiré de Big Ben à Londres, au style gothique vénitien.
  • Rajabai est le nom de la mère du mécène Premchand Roychand.

Mon avis

Le début du roman est très prometteur mais au milieu, l'auteur entame une digression qui ralentit le rythme et l'intérêt de l'histoire puisque le personnage principal se retrouve à faire d'autres tâches qui rallongent sa propre enquête et la résolution du mystère.

J'ai apprécié le style riche de l'auteur, qui fourmille de détails que ce soit dans les décors, les habits, les comportements et les pensées.
Toutefois, l'enquête piétine et perd de son intérêt avec trop de personnages secondaires qui perdent Jim dans son avancée vers la vérité. Je n'ai pas tellement apprécié les atermoiements entre Jim et Diana sur l'acceptation ou pas de leurs sentiments respectifs.
Malgré cela, j'ai hâte de lire la suite car j'ai beaucoup d'espoir sur l'évolution des personnages qui promettent d'incarner un nouveau genre de couple détective.

publié en 2020 uniquement en langue anglaise (lu en e-book)



Structure : 3/5
Crédibilité de l'auteur : 4/5 
Style d'écriture : 4/5 
Coup de coeur : 4/5


  • Illustration d'entrée de billet : tour de l’horloge de Rajabai
  • Source illustrations et informations complémentaires dans mon article : interview de l'auteur (articles et vidéos), livres "les Parsis" de Delphine Menant et recherches sur internet