dimanche 26 avril 2015

TESICH Steve - Karoo


La cinquantaine, Saul Karoo est un "écrivaillon" comme il se définit lui-même, doué dans le style mais incapable d'invention. Son travail -lucratif- consiste à modifier pour l'industrie du cinéma des scenarii, et parfois de rectifier le montage de certains films afin qu'ils soient plus rentables ce qui lui vaut le surnom de "doc" (le docteur). Karoo, séparé de sa femme, incapable d'exprimer à son fils adoptif les sentiments qu'il éprouve, découvre qu'il est devenu insensible à l'alcool. Cette découverte le plonge dans un désarroi nouveau, il doit sans cesse "faire semblant" d'être ivre pour tenir son rôle, surtout devant son ennemi intime, le producteur Cromwell, qu'il rêve d'envoyer balader mais devant lequel il s'écrase finalement, acceptant même de réparer le dernier film d'un réalisateur qu'il admire plus que tout autre. La projection du film à "réparer" le plonge 20 ans dans son passé, lorsqu'il reconnaît dans un petit rôle de serveuse, le rire inégalable de la mère biologique de son fils. A cet instant, il s’octroie le rôle du démiurge qui va rectifier le destin d'une mère et d'un fils séparés par les aléas de la vie, le seul moyen qu'il entrevoit pour prouver à son fils combien il l'aime.
De temps en temps, très rarement bien sûr, on me redonne à retravailler un script qui n'a aucun besoin d'être retravaillé. Qui est très bien comme il est. Qui n'attend plus qu'à devenir un film. Mais les huiles du studio, ou bien les producteurs, ou les stars, ou les metteurs en scène, ont une autre idée sur la question. Je me retrouve alors face à un dilemme moral, c'est parce que j'ai en moi cette petite voix nommée l'homme moral et l'homme moral qui est en moi veut se battre pour ce qui est juste. Il veut défendre ce script qui n'a aucunement besoin d'être retravaillé, ou, du moins, il veut refuser d'être personnellement impliqué de quelque façon que ce soit dans son éviscération.
Mais il ne fait ni l'un ni l'autre. (p.55)

J'ai emprunté ce livre à mon neveu et je dois dire que sans lui, je n'aurais pas su que ce roman existait. Je ne le regrette pas car voici un roman formidable, au sens strict du terme :  terriblement bien ficelé et terriblement dramatique. Des histoires comme celle-ci il n'y a pas beaucoup d'écrivains capables d'en produire, à part peut-être Jim Harrison.
Nous sortons ensemble. Je titube légèrement, pour les apparences. Je m'appuie sur elle pour me soutenir, en ce qui est l'une de mes meilleures imitations de l'alcoolique notoire.
Il n'y a pas de rancune entre nous. pas du tout.
Dehors, il ne fait ni chaud ni froid. C'est le mois de mars, mais on dirait le mois de mai. On est en mai depuis janvier (p.216)
Karoo comme l'indique la quatrième de couverture, raconte l'histoire d'une chute. On en dit trop et pas assez. Karoo qui rectifie les scripts va s’atteler à une tâche interdite : rectifier la vie, rien de moins. Remettre droit ce qui est parti de travers, donner de l'équilibre à une famille amputée. Et le lecteur assiste impuissant au trajet de l'aiguille, la lame, la plume, qui pique d'une couture invisible et presque cruelle, la figure d'une famille écartelée, sorte de Doppelgänger du manteau usé du défunt père de Karoo qui hante les rues de New York comme un épouvantail qui prend vie sur un paria. Très bon moment de lecture malgré les dernières pages qui m'ont parues moins convaincantes (presque bâclées) au niveau de l'inspiration (ou alors c'est moi qui n'ai pas compris ce qui est toujours possible car je manque de références mythologiques).

Un roman à découvrir dans ce très beau livre des éditions Monsieur Toussaint Louverture 


une page du livre





année sortie 1998 (posthume)
traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Wicke
600 pages
édition française en 2012 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture
illustration d'entrée de billet : New York Restaurant par Edward Hopper

mardi 7 avril 2015

CASTRO Eve (de) - Joujou


1741. Russie polonaise. Le jeune Joseph Boruwlaski n'a pas de chance : son père vient de se suicider et sa mère, bien que comtesse, est sans ressources, et a 6 enfants, 3 "normaux" mais en mauvaise santé et 3 nains : deux garçon et une fille. Le jeune Joseph "Joujou", beau et intelligent,  plait à une riche amie qui désire faire son éducation. C'est ainsi qu'à 9 ans, il quitte sa mère pour devenir le jouet de compagnie de Madame de Caorliz, une dame célibataire. Joseph apprend son rôle de garçon bien élevé qui doit faire son numéro comme un chien savant malgré son chagrin. Puis Joseph est pris sous la protection d'une autre dame, voyage en Europe, rencontre la noblesse et tombe même amoureux, se marie, et aura même des enfants, trois filles, qui lui seront retirées pour diverses raisons. Joseph, à qui l'on avait prédit qu'il vivrait au plus vingt ans, meurt à 97 ans après avoir vécu un incroyable destin de fulgurantes joies et de poignants désespoirs.



Le haut du pavé de Varsovie n'en attend pas moins de lui. On le hisse sur un fauteuil. On fait cercle, on demande le silence. Il raconte Lunéville où Emilie de Châtelet, l'égérie de M.Voltaire, est morte des suites de ses couches tardives, comme quoi il est imprudent d'enfanter à quarante ans, même lorsque l'on porte le fruit des œuvres d'un grand philosophe. En baissant le voix, parce que ce chapitre le met mal à l'aise, il raconte que Bébé (*) est tombé malade peu après avoir reçu les verges, que dans les mois suivants il a perdu la parole, puis l'ouïe, puis progressivement toutes ses forces, que les soins des médecins n'ont pu empêcher de dépérir, et qu'il est mort dans les bras de sa mère que le duc de Lorraine avait envoyé chercher. Pour distraire sa mauvaise conscience il ranime ensuite le cri des chalands le long de la Seine, le chant des novices à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, les clins d’œil des courtisanes sous les arcades du Palais-Royal, le langage des mouches sur le visage des élégantes, leurs jupes si larges qu'elles se mettent de travers pour passer les portes, les girafes de la Ménagerie royale et la retraite du Parc aux cerfs qu'on surnomme le "trébuchet" parce que le maître de céans y piège de jeunes, très jeunes oiselles. Tout le monde voulant admirer ici celui que tout le monde a voulu admirer là-bas, Mme Humieska est furieusement à la mode. Nourri de compliments et de mets fins, il ne pense plus à l'élevage de nains, ni à sa mère dont la comtesse n'a pas retrouvé la trace. Il se réjouit d'être ce qu'il est, et il ne désire rien de plus que ce qu'il a. (p.132)
(*) : Nicolas Ferry dit "Bébé", un nain qui vivait chez le roi Stanislas (mort à 23 ans) 


Ève de Castro romance la vie de Joseph Boruwlaski, un nain qui vécu presque 100 ans, d'abord comme un enfant, puis comme une sorte d'animal de compagnie, puis comme artiste se produisant dans les salons où il converse aimablement ou dans les salles où il donne des concerts (il est violoniste).

Il a écrit ses mémoires rééditées de nombreuses fois dont s'inspire l'auteur pour nous livrer cette poignante aventure.

J'ai entrevu cette annonce de roman et le sujet m'a intriguée, je ne connaissais aucun livre de l'auteur et je me suis décidée exclusivement pour le récit hors norme et historique de ce destin si tragique d'un petit homme extraordinaire qui rêvait d'une vie ordinaire.

L'auteur a un style assez vivant, délicat, elle décrit bien son personnage et lui donne une personnalité attachante. Très vite, on a pitié de lui tout de même. Son entourage l'utilise comme un objet de comédie. Peu de personnes l'aiment pour lui même mais plutôt pour ce qu'il représente : une distraction, une curiosité, un monstre.

J'ai moins aimé certains passages un peu "encyclopédiques" qui font défiler quelques anecdotes ou personnages historiques qui, au final, s'agitent comme des ombres derrière un paravent.

Je pense que de nos jours, Joseph n'aurait pas forcément mieux vécu, hélas, il aurait peut-être eu une vie encore plus sordide car les mécènes et protecteurs d'autrefois n'existent plus !

Un très bon moment de lecture (j'ai pleuré sur les dernières pages !).


344 pages
année sortie 2014
édition Robert Laffont
illustration d'entrée de billet :
Joseph Boruwlaski par Edward Hastings

samedi 4 avril 2015

VARGAS Fred - Temps glaciaires


Paris. Un étrange suicide et Adamsberg est invité par le commissaire de l'arrondissement à donner son avis sur la victime, et surtout un étrange signe trouvé à son côté. Bientôt, un second suicide, toujours avec le même signe. Le doute n'est plus permis et les enquêtes sont confiées à Adamsberg. Les deux victimes auraient fait partie d'une expédition en Islande voilà une dizaine d'années, et durant le voyage, il apprend que les expéditionnaires sont restés isolés sur une minuscule île mystérieuse où règne l'afturganga, un être surnaturel qui n'attire pas la sympathie mais plutôt la mort. Deux touristes y sont restés. Pensant que les autres survivants sont peut-être en danger, poursuivit par le criminel qui a sévit dans l'île, Adamsberg fait publier un appel à témoin et reçoit en échange une lettre d'un autre âge : le président d'une société d'histoire vouée à la révolution et à Robespierre lui annonce que les victimes faisaient partie de leur "club".
-Hâte-toi, "citoyen", lui dit Veyrenc en posant sa main sur son épaule, la séance débute dans dix minutes.
C'est à sa lèvre en biais qu'Adamsberg avait reconnu le lieutenant, avec un léger choc. Oui, il était facile à un meurtrier de se couler dans cette enceinte où les hommes étaient méconnaissables et les noms inconnus, et d'y observer chacun selon son bon plaisir.
Un Danglard un brin virevoltant dans sa soie violette remettait son portable dans les mains d'un surveillant.
-Dommage, dit-il, assez enjoué, que ces habits ne soient plus de mise. Je perds beaucoup de moi-même avec l'indigent vêtement contemporain. Comment avons-nous pu arriver à une imagination aussi pauvre ?
-En scène, Danglard dit Adamsberg en le poussant vers les grandes portes en bois, oubliant un instant dans cet étrange théâtre qu'il n'était venu ici que pour fouailler le coeur glissant des algues. (p.181)


Impatiente de lire ce dernier opus des aventures du commissaire-poète (d'ailleurs dans ce livre, il n'en est pas question), j'ai abandonné séance tenante une lecture à peine commencée pour dévorer ce livre. Car je l'ai dévoré facilement, intriguée.  Il y avait longtemps que je n'avais pas lu Vargas, le dernier étant "Dans les bois éternels" et le recueil de nouvelles "Coule la Seine" et j'ai eu plaisir à retrouver un Adamsberg moins improbable malgré son aspect illuminé par des intuitions (un côté qui, je l'avoue, me laisse dubitative). Mais le résultat est là : un réel plaisir (envoûtement) à la lecture, une écriture travaillée qui ne laisse aucune aspérité (pas de "redite") mais qui offre de belles surprises, qui nous fait voyager, dans le temps et sur la planète. Un bon polar qui ma donné envie d'aller en Islande ! mais pas celle de revivre la Révolution ! Une terrible, terrible époque. Fallait-il réellement passer par autant d'atrocités pour une pseudo liberté ? ce livre en tout cas nous y fait réfléchir.


année sortie 2015
Flammarion
485 pages
illustration d'entrée de billet : La chute de Robespierre par Emile Larcher

jeudi 26 mars 2015

AILLON Jean (d') - Le grand arcane des rois de France


1663. Louis Fronsac se fait voler sa bourse et sa montre par une jeune femme qui n'est pas inconnue des services de police : Anne Lupin est en effet une témoin gênante, fille d'un faussaire emprisonné à la Bastille pour lequel elle tente par tous les moyens d'améliorer son sort. De mystérieux personnages anglais s'attaquent à cette fille insignifiante, aussi Louis, accompagné de son fidèle Gaston va offrir ses services ne doutant pas un instant d'être sur les traces d'un mystère qui pourrait servir au roi. Ou au moins à Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères, son protecteur contre les bassesses de Colbert qui veut sa perte.
-Rédigez-moi un acte précisant que ces Mémoires seront ensuite archivés à votre étude et n'en sortiront plus, disons, durant quatre cents ans.
Louis resta interloqué. Quatre cents ans ? A coup sûr, le fils Hauteville en savait plus qu'il ne voulait le dire.
-Puis-je vous rédiger cet acte tout de suite ? Je dispose du cachet de l'étude.
-Voici une table avec ce qu'il vous faut. Je vais chercher ces Mémoires, et demander pourquoi on ne porte pas ce vin !
-Un mot, encore, monsieur...
Hauteville s'était levé et se retourna, le regard interrogateur.
-Avez-vous lu les Mémoires de votre père ? s'enquit Louis.
-Je les ai lus.
-Aborde-t-il ce dont je viens de vous parler ?
Hauteville hésita un instant avant de répondre :
-Oui, monsieur, mais je préfère l'oublier. C'est un secret trop lourd à porter. Il sera désormais le vôtre. (p.267)


Où l'on retrouve Louis Fronsac, l'homme aux rubans noirs et pas seulement lui et ses amis : nous apercevons la silhouette du fidèle Guilhem, également Hauteville, d'autres héros littéraires de l'auteur. Louis Fronsac part à la chasse au trésor, mais surtout veut comprendre pourquoi on a voulu l'assassiner, blessant sérieusement son ami, et reconnaissant dans son assaillant un ennemi de 40 ans, celui-là même qui avait tenter de l'enlever alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années (lire "Les ferrets de la Reine"), Louis veut se venger et percer le mystère qui entoure la jeune Anne Lupin qui connaît peut-être le secret des Rois de France. Jean d'Aillon nous conte ici encore une enquête haute en couleur, parsemée de morts, au fil d'une course poursuite jusqu'à Etretat, là où tout commence.

Un roman qu'on ne lâche pas avant d'avoir lu le "vrai et faux" !  


année 2015
édition Flammarion
530 pages
illustration d'entrée de billet : Les Falaises à Étretat par Claude Monet

samedi 7 mars 2015

EGEMAR Béatrice - Le printemps des enfants perdus


Paris, 1750. Manon Dupré, 19 ans, suit les traces de son père dans la parfumerie qu'il a légué à son fils. Sa vie tranquille bascule lorsque son jeune neveu autiste, qui vivait jusqu'alors en province, arrive à Paris et s'enfuit de la maison mais reste introuvable. Ensuite, c'est son apprenti Gaspard, 16 ans qui disparaît. En enquêtant elle même, car la police ne semble rien pouvoir ou vouloir faire, elle découvre que de nombreux enfants plus ou moins jeunes ont été enlevés en plein jour à leur famille qui reste désespérée et impuissante devant une police peu amène. La rumeur laisse entendre que les enfants enlevés seraient sacrifiés pour que leur sang soigne un lépreux de la noblesse, mais Manon n'en croît rien. Avec l'aide de Joseph Vérité, un jeune étudiant en droit qui travaille également au service des Gardes-Françaises, elle découvrira les responsables d'un ignoble trafic d'enfants livrés à des pédophiles.

Gardes-Françaises (image wikipedia)

Le jeune homme qui accompagnait Violette portait le bel uniforme des Gardes-Françaises : justaucorps bleu avec parements rouges, culotte et bas rouges, chapeau bordé d'argent, guêtres blanches à boutons, cravate et cocarde de soie noire. (p.37)

Ma mère m'a prêté ce livre que je voulais lire depuis longtemps et qu'elle a trouvé moyen sans plus. De mon côté, je l'ai lu assez vite car le style est assez agréable, simple. Côté intrigue, j'ai eu l'impression de lire un "Alice Roy", l’héroïne de ma jeunesse.

Ce que j'ai aimé c'est découvrir la vie quotidienne de Manon, entre ses préparations de beauté, sa vie dans la boutique et la manière dont la maison est organisée.

J'ai moins aimé le côté policier du récit, trop superficiel, non plus les (trop) longs passages de type encyclopédiques qui alourdissent le récit et n'apportent pas d'éclairage spécifique (autant mettre un bas de page). J'ai trouvé les personnages un peu trop superficiels, dommage. En gros, je n'ai pas ressenti une réelle empathie avec cette jeune Manon, pas du tout comme j'arrive à "aimer" Nicolas Le Floch de Jean-François Parot ou encore Louis Fronsac de mon ami Jean d'Aillon.


année sortie 2013
édition Presse de la cité
242 pages
illustration d'entrée de billet : femme à sa toilette, école française (auteur inconnu)

samedi 21 février 2015

AILLON Jean (d') - Juliette et les Cézanne

Début 1944, le capitaine John Cavendish alias "Forbin" est parachuté en Provence en mission secrète pour le compte de Churchill. Il lui faut approcher de dangereux nazis, tenter de vendre deux tableaux de Cézanne en se faisant passer pour le petit-fils héritier de sa femme de ménage. Sa cible est l'antiquaire hollandais Aloys Miedel, envoyé de Goering pour acquérir ces toiles inestimables pour une "bouchée de pain" puisque invendables sur le marché de l'époque. Par le truchement d'une manipulation, la garde rapprochée d'Hitler apprend cette future vente car il y est question d'un tableau qu'a acheté Hitler pour son musée de Linz peu de temps avant. Or le tableau de Linz est un faux et son "entourage", veut absolument récupérer le vrai tableau avant qu'Hitler ne se rendre compte qu'il s'est fait avoir. Kraut, le terrible lieutenant SS est envoyé lui aussi en Provence avec la mission de revenir avec les tableaux coûte que coûte pour la gloire d'Hitler. A Aix, Cavendish rencontre Juliette, une résistante, restauratrice au musée Granet. Les deux jeunes gens affrontent maints quiproquo et dangers pour garder le secret de Cavendish dont les véritables motifs de négoce des tableaux de Cézanne avec les nazis doit rester d'un secret absolu.
Les six hommes étaient assis autour d'une table ronde, sous un énorme ventilateur. Le sol était recouvert de tapis d'Orient et une carte du monde occupait tout un mur, une carte de l'empire britannique qui avait cinquante ans.
Sur la table se dressait une inquiétante statuette romaine en bronze : un faune dansant. Ce faune était le dieu maléfique des forêts, celui qui trompe les hommes avant de les perdre. C'était aussi l'emblème et la marque de la London Controlling Section. (p.342)

De Marseille à Aix, Jean d'Aillon brosse cette fois le portrait non pas d'un policier mais d'un noble anglais engagé dans une histoire d'espionnage destinée à détruire la cohésion allemande pour accélérer la fin de la guerre. L'auteur aime beaucoup ce livre qui emprunte à l'Histoire quelques personnages romanesques inspirés des vrais. Je dois dire que bien que n'aimant guerre les livres sur toute cette période "39-45" ce roman est captivant (lu en 5 jours trajets du matin et du soir !). Un roman émouvant aussi lorsque l'on est plongé dans la vie au quotidien : la peur d'être embarqué pour les camps (seul l'anglais sait que ce sont des camps de concentration, les autres imaginent une simple prison), les tortures, la faim, la malpropreté etc...on comprend bien que ceux qui ont vécu cette période sont marqués à vie. J'ai été étonnée de lire qu'il y avait autant de groupes résistants, qui ne pouvaient absolument rien coordonner entre eux vu qu'ils devaient déjà eux mêmes cloisonner leurs rencontres au cas où l'un d'eux serait pris.
A lire pour découvrir l'art de la guerre !

année sortie 2005 _ édition Grand Chatelet
réédité en 2010 chez Lattès
existe en kindle
275 pages
illustration d'entrée de billet : Les baigneuses par Paul Cézanne

samedi 14 février 2015

McGUANE Thomas - Le club de chasse


Montana, fin des années 60. James Quinn, un riche et jeune patron d'entreprise prévoit de passer quelque semaines de vacances afin de se reposer de son usine et tenter d'oublier la médiocrité de sa secrétaire qu'il n'a pas le courage de renvoyer malgré ses nombreuses bourdes. Il apprend avec déplaisir que Vernon Stanton, son ami d'enfance avec lequel il a fait les 400 coups, est également présent, accompagné de sa fiancée Janey. Les deux compères disposent chacun d'un chalet sur cette propriété où est érigée un club de chasse construit voici une centaine d'années, où séjourne la haute société du coin et leur famille, des membres qui héritent de la carte du club de génération en génération. Le club est gardé par un ancien braconnier qui fait régulièrement l'objet de controverse car nombre des membres du club voudraient bien s'en débarrasser. Le club, appelé également "Club du centenaire", s'apprête à fêter le 4 juillet et déterrer le message enfouit 100 ans auparavant par les membres d'alors dont ils sont les descendants. Quinn tente d'échapper à Vernon dont il réprouve les méthodes bizarres, voire dangereuses, celui-ci s'offrant de malins plaisirs comme des simulacres de duels aux pistolets chargés de balles en cire qui blessent l'amour propre des perdants. Tandis que Quinn tombe peu à peu sous le charme de Janey, il comprend également que son ami ne tourne pas rond, sujet à des crises de démence (Janey lui apprend peu à peu celles qu'il a manquées depuis leur dernière entrevue), dont l'une le fait renvoyer le gardien. Voilà le club aux mains d'un nouvel intendant, un truand, lequel ne tarde pas à faire voler en éclats l'équilibre fragile d'une micro société en proie à bien des envies de turpitudes refoulées qui ne tardent pas à émerger lorsque les masques tombent.

C'est après la lecture de "En marge" que j'ai eu envie de découvrir le grand ami de Jim Harrison et j'ai naturellement choisi ce roman qui est le premier de l'auteur et que Harrison évoque largement dans le livre autobiographique précédemment cité.
Dès les premières pages j'ai su que McGuane ne supplanterait pas Harrison dans mon cœur de lectrice. Un style qui, s'il n'est pas commun, est tout de même moins vivifiant que celui de Harrison, malgré les nombreuses descriptions de la nature, des animaux et du comportement humain dont il est ici largement fait le procès.
Un montage du récit, trop alambiqué, nous fait perdre rapidement l'enjeu du récit qui focalise sur une compagnie de rejetons nantis en pleine déroute morale.
C'est parfois drôle, mais trop rarement. Je me laisserai peut-être tenter pas un autre roman, mais je reste dubitative car celui-ci n'est pas aussi exceptionnel que la critique (française ou anglo-saxonne de l'époque) ne l'a laissé entendre.

titre original : The sporting club
année sortie 1968
édition française en 2011 chez Bourgois
traduction de l'anglais (américain) par Brice MATTHIEUSSENT
238 pages
illustration d'entrée de billet : sculpture (auteur inconnu)