lundi 15 septembre 2014

PAROT Jean-François - L'année du volcan


1783. Tandis que l'Europe subit les retombées du volcan islandais Laki, Nicolas Le Floch enquête sur demande expresse de la Reine au sujet de la mort accidentelle de l'un de ses courtisans : le vicomte de Trabard. Celui-ci aurait été victime des sabots de son cheval, mais très vite, le commissaire Le Floch découvre que la victime n'est pas entrée de son plein gré dans le box du cheval fou, mais qu'elle y a sans doute été traînée. Pour assombrir encore le tableau de son enquête où de faux monnayeurs sont à la manœuvre, voilà que le secret de la naissance de son fis est sur le point d'être divulgué à moins de subir le chantage, Nicolas, appuyé par ses amis, modestes et puissants, ne va pas se laisser faire.
- Selon certains savants, il est possible que l'origine de ces tourmentes réside fort loin dans l'île d'Islande où s'est ouvert un volcan qui déverse laves et fumées que le vent ensuite apporte dans nos contrées. Je pense que c'est un phénomène passager qui peu à peu s'atténuera. Voilà,monsieur, ce que je puis vous dire et qu'affirment à Paris des esprits éclairés. Il n'est point besoin pour expliquer nos soucis d'en référer à l'apocalypse ! (p.305)


Onzième tome des enquêtes du commissaire Le Floch, chargé des affaires extraordinaires. Nicolas accuse sa quarantaine et cherche à donner un sens à sa vie. Il craint pour son fils pour lequel il veut le meilleur, et peut-être aussi une brillante carrière militaire qu'il n'a pu avoir en entrant au service du roi de France. Avec l'éruption volcanique qui donne le titre au roman, JF Parot insinue d'une manière imagée, une chape de désespoir et de désillusions qui commence à retomber sur le peuple : petits épargnants ruinés, billets de rumeurs dénonçant la frivolité de la Reine, etc... le terrain où l'on peut semer les graines de la Révolte se prépare.
JF Parot nous régale une fois encore de quelques recettes qui donnerait l'envie de manger de tout à un végétarien ! C'est très drôle comme d'habitude. On y côtoie le joueur d'échec de Kempelen (lire Le secret de l'automate, un roman sur ce sujet), Restif de la Bretonne ou encore Cagliostro. On ne s'ennuie pas une seconde ! C'est d'une belle écriture, avec ce qu'il faut d'explications (hélas en fin de livre, je n'apprécie pas beaucoup mais il faut vraiment que les éditeurs se fassent une raison et arrêtent de nous balancer des notes en fin de livre au lieu des bas de page). Un 12ème roman est attendu très prochainement !  Je serai au rendrez-vous.


année sortie 2013
JC Lattès
440 pages
illustration d'entrée de billet : Marie-Antoinette par Élisabeth-Louise Vigée-Lebrun, 1783

dimanche 7 septembre 2014

GABALDON Diana - Outlander (tome 1 : le chardon et le tartan)


1945. Claire Randall une infirmière anglaise qui a participé aux combats est en voyage en Ecosse avec son mari, histoire de se retrouver après leur séparation due à la guerre et se retrouve propulsée 200 ans en arrière après avoir touché un menhir réputé pour être le théâtre des rassemblements de fées. Échappant de justesse à un viol par un officier anglais ressemblant comme deux gouttes d'eau à son mari, Claire est sauvée par un écossais du clan Mackenzie ou elle est plus ou moins gardée contre son gré et où elle officie en tant que médecin-apothicaire. Elle y rencontre Jaimie qui devient son allié, son ami puis enfin son mari lorsqu'elle l'épouse pour échapper à une séance d'interrogatoire que les soldats anglais veulent lui faire subir car ils la soupçonnent d'être une espionne. Bien que mariée à cet homme qui l'aime et qu'elle commence à aimer, Claire cherche à rejoindre le menhir pour retourner dans son époque, auprès de son mari, qu'elle imagine fou d'inquiétude après sa disparition.
...le seul moyen pour moi de refuser en toute légalité de vous livrer à Randall, c'est de faire de vous une écossaise.
-Une écossaise ?
Mon léger vertige commençait à céder la place à un affreux soupçon qui se confirma aussitôt.
- Oui. Vous devez épouser un écossais. Le jeune Jaimie.
- Jamais de la vie !
Dougal fronça les sourcils, réfléchissant.
-Ma foi, si vous préférez Rupert... Il est veuf et il est propriétaire d'une petite ferme. Cela dit, il est un peu plus âgé et...
- Mais je ne veux pas épouser Rupert non plus ! C'est...c'est absurde !
Je n'en revenais pas. Hors de moi, je me levai brusquement et fis les cents pas dans la clairière, écrasant rageusement les fruits du sorbier.
-Jaimie est un bon garçon, argumenta Dougal. C'est vrai que, pour ce qui est des terres, ce n'est pas vraiment une affaire, mais il a un cœur d'or. Il vous traitera bien. Et c'est un vaillant combattant, avec d'excellentes raisons de haïr Randall. Pensez-y, épousez-le et il se battra jusqu'à son dernier souffle pour vous défendre. (p.305)


C'est bien sûr parce que je regarde en ce moment la série du même nom que j'ai eu envie de découvrir cette curiosité d'une romance à la "Harlequin" pour les jeunes adultes avec un soupçon de fantastique avec le voyage dans le temps. Mon avis est très mitigé : j'aime énormément les personnages, l'adaptation qui en est faite mais je suis surprise de la violence de certaines scènes du livre. Quelques passages très explicites sur les relations sexuelles entre Claire et Jaimie : pourquoi pas ? il n'y a rien de honteux là dedans. Mais celles plus sadomasochistes entre Jaimie et Claire ou bien sûr entre Jaimie et le terrible et odieux personnage de Randall, l'ancêtre du mari de Claire : pas trop ma tasse de thé. A la fin de cette première partie, nous laissons Claire et Jaimie en France où ils trouvent refuge après bien des péripéties et d'horribles châtiments, fous de joie car Claire annonce qu'ils vont avoir un enfant.
Je pense que je vais m'arrêter là dans la lecture de cette grande saga fantastique (9 tomes quand même) qui, je pense, m'aurait plu il y a 20 ans, mais aujourd'hui, je réserve mes heures de lectures à d'autres styles littéraires. Ceci étant, les résumés étant largement accessibles sur internet, je sais que Claire repartira dans son époque, poussée par Jaimie afin qu'elle échappe aux sanglantes répressions d'après la bataille de Culloden (Claire a expliqué à Jaimie qu'elle venait du futur... !) mais elle lui reviendra plusieurs dizaines d'années plus tard et ils vivront ensemble de grandes aventures sur pratiquement tous les continents ! Si c'est pas de l'amour ça :) du romantisme à 100% ! A découvrir.


année de sortie : 1991
édition française en 1995
850 pages
traduction de l'anglais (américain) par Philippe SAFAVI
illustration d'entrée de billet : The Battle of Culloden par David Morier

PAROT Jean-François - L'enquête russe


1782. Paul, le fils de Catherine de Russie, fait un petit tour d'Europe et séjourne incognito à Paris sous le nom de Conte du Nord. En pleine guerre avec les Anglais pour les possessions d'Amériques, Versailles cherche à obtenir un appui russe et le ministre des affaires étrangères (Vergennes) a l'idée d'organiser un vrai-faux vol chez le le conte du Nord pour faire semblant d'avoir appréhender le malfaiteur qui sera bien sûr un homme de main. Les choses se compliquent lorsque dans le même temps, un ancien amant de la reine russe est retrouvé odieusement assassiné tandis que chez le conte du Nord, le vrai-faux voleur est lui aussi trouvé mort en compagnie du maître d’hôtel du tsarévitch. Nicolas doit maintenant démêler les fils de cet imbroglio en devant préserver les secrets de l'Etat en interrogeant dont des figures illustres ou anonymes.
La réunion pris fin sur cette constatation sceptique sous laquelle perçait l'inquiétude de Nicolas. Il demeurait au fond de lui atterré. Comment en était-il arrivé là ? Policier, il ne savait que trop ce que cette charge impliquait, et notamment des actes que l'honnête homme en lui condamnait. Il sentait bien qu'un intérêt supérieur justifiait son action tout en conduisant souvent à poursuivre le mal par des voies diverses et biaisées, pour ne pas dire scélérates. Il en éprouvait une lourdeur d'âme, un dégoût que la seule pensée du service du roi contrebalançait sans en dissiper le poignant. (p.55)



Nicolas Le Floch a 42 ans, il cherche à se convaincre qu’il a fait le bon choix en choisissant le service du roi,certes, son fils lui donne de la fierté mais qu'en est-il de sa vie ? de ses espérances ? ne ferait-il pas mieux de retourner dans ses terres y jouir d'une vie plus confortable auprès de sa maîtresse qu'il pourrait enfin voir à loisir ? C'est dans cette état d'esprit que Nicolas, aidé de son fidèle Bourdeau enquête cette fois, interrogeant tour à tour un mystérieux Monsieur Smith qui pourrait être un espion mais que protège Benjamin Franklin l'ambassadeur à Paris jusqu'à certaine fille galante qui lui fait oublier un temps son amante devenue distante. Messages codés, argent perdu aux jeux, fanatisme religieux, voilà quelques ingrédients qui sont au menu de ce roman. L'auteur nous régale encore une fois de quelques recettes qui nous donneraient presque l'envie de fermer le livre pour se mettre à table. Encore, encore ! Cela tombe bien, je viens d'acheter le roman suivant et nous en reparlerons dans quelques jours.


année sortie 2012
Editions JC Lattès
492 pages
illustration d'entrée de billet : Hohenstein : "Franklin's reception at the court of France, 1778" (détail).

samedi 16 août 2014

INDRIDASON Arnaldur - La voix


Dans un grand grand hôtel de Reykjavik à l'approche de Noël, "Gulli" le portier discret qui faisait office d'homme à tout faire : réparateur, et même père Noël, est retrouvé à la cave, dans la pièce qui lui servait de chambre depuis plusieurs années, poignardé dans son déguisement quelques minutes avant le spectacle de Noël. L'enquête commence pour le commissaire Erlendur (et ses deux collègues) afin de découvrir qui pouvait en vouloir à cet homme sans ami, ni relation, d'après les premiers éléments récoltés. Erlendur découvre alors que la victime était autrefois un enfant "star" lorsqu'il était le meilleur chanteur des chœurs d'enfants d'Islande, promis à une carrière dorée. Erlendur découvre aussi que la victime avait rompu tout lien avec son père et sa sœur dans le même temps où sa voix mua, le faisant passer de la célébrité à l'anonymat.
Erlendur doit faire face aux problèmes existentiels de sa fille Eva Lind, jeune droguée qui sort du coma après avoir fait une fausse couche et qui menace de se suicider, tandis que sa collègue assiste au procès d'un homme accusé d'avoir maltraité son fils. Sa rencontre avec une biologiste auquel il n'est pas indifférent lui fait s'avouer à lui-même et comprendre que depuis son enfance, il culpabilise pour avoir survécu à une tempête de neige alors que son petit frère n'a jamais été retrouvé. Erlendur finit par tirer un fil qui le mène à de mystérieuses boîtes contenant les 45 tours récupérés des 2 enregistrements de "Gulli" au moment de la faillite de la maison de disques, pour lesquels certains seraient prêts à payer très cher pour les récupérer.
Le directeur de l'hôtel les pria d'agir avec autant de discrétion que possible. C'étaient les termes qu'il avait employés au téléphone. Il s'agissait d'un hôtel et le succès des hôtels dépend de leur réputation. (p.13)

Que dire ? un livre choisi lorsque je l'aperçu dans la bibliothèque de vacances où je me trouvais, en panne de mes livres car j'avais fini plus vite que prévu le roman précédent (un "pavé") qui devait me durer une semaine. Je ne connaissais pas cet auteur dont j'avais lu ici et là de bonnes critiques. Et bien non ! ce polar n'est pas terrible, loin s'en faut : les personnages sont superficiels, l'intrigue est moyenne avec ce pauvre gars abandonné, qui passe des années dans une cave et qui sort la nuit pour rentrer en cachette dans sa famille (?). En plus je trouve que l'auteur digresse sur 2 autres récits qui pour ma part peinent à faire avancer le schmilblick : l'enfance du commissaire et ses regrets qui justifient des lectures de personnages "perdus dans la nature" (ça ne s'invente pas !), puis celle d'un père qui a (peut-être) battu son petit garçon et que la collègue d'Erlendur a déjà déclaré coupable ; et je ne parle pas de la fille du commissaire qui n'arrête pas de lui mettre la pression. Reste quelques brins d'humour ici et là dans certains dialogues qui m'ont amusée :
- Vous êtes cinglés ou quoi ? hurla-t-il. Vous vous imaginez peut-être que je suis allé voir Gulli pour lui mettre une capote sur la quéquette ? Non mais, ça va pas ? bande de crétins ! C'est hors de question ! Absolument hors de question ! Vous pouvez bien me coller au trou et jeter la clé mais je refuse de prendre part à des conneries pareilles ! Vous m'entendez ! Pauvres crétins ! (p.65)
Nous sommes loin, très loin de l'intérêt des romans de Hennig Mankell qui reste pour moi exemplaire dans son genre. Ici, le style est insipide. Je n'ai pas trouvé en Erlendur un personnage pour qui je pourrais avoir de la sympathie : les personnages manquent de profondeurs même s'ils sont tous meurtris. L'intrigue est inintéressante alors que le sujet du jeune prodige qui bascule dans une vie de paria (à cause de son homosexualité cachée car elle fait honte à sa famille) aurait pu prendre un autre air. Un essai non concluant pour moi, qui peine à trouver un bon polar à lire.

Un détail m'a fait tiquer car comment est-ce que ce commissaire peut-il ignorer l'usage du snus, ce tabac à priser dont il est question et qui est pourtant très commun en Suède, un pays proche de l'Islande et par ailleurs évoqué dans l'enquête ? Mystère !


titre original : Röddin
année sortie 2002
édition française 2007
390 pages
traduction de l'islandais par Eric BOURY
illustration d'entrée de billet : maîtrise d'enfant (auteur inconnu)

TARTT Donna - Le chardonneret


New York. A 14 ans, Theo est victime d'un attentat à la bombe dans le MET (Metropolitan Museum of Art). Il s'en sort mais sa mère meurt. Avant de trouver une issue dans le chaos qui l'entoure, le garçon assiste aux derniers instants de Welty, un vieil homme qui lui donne une bague ancienne et lui demande de la rapporter à une adresse qui est celle d'une boutique d'antiquités. Dans sa fuite, Theo emporte aussi un tout petit tableau provenant d'une exposition temporaire hollandaise, peint par un certain Fabritius, et qu'il sauve ainsi des flammes. Theo est accueillit presqu'une année dans la famille très snob d'Andy, son meilleur ami, jusqu'à ce que son père ne vienne l'y chercher, accompagné de sa nouvelle compagne (une écervelée) et part vivre à Las Vegas où il ne tarde pas à faire la connaissance de Boris, un migrant russe vivant avec un père alcoolique et violent. Bientôt, les deux adolescents livrés à eux-mêmes dans la mesure où leurs parents respectifs ne s'en occupent pas du tout, préférant les sorties, la drogue et la boisson, en viennent eux aussi à se droguer et à boire plus que de raison. Ceci dure plusieurs années jusqu'à ce que le père de Theo meure. Pour éviter d'être placé en famille d'accueil, Theo décide de s'enfuir pour retourner à New York et débarque chez Hobie, l'ami de Welty à qui il avait autrefois remis la bague et avec qui il a continué à correspondre durant son exil à Las Vegas. Hobie devient son tuteur une fois que l'avocat de Theo qui s'occupe de ses intérêts ait tout arrangé. L'avocat, ami de sa mère, avait fait en sorte que le père de Theo ne puisse sous aucun prétexte, jouir de l'argent de son fils, argent que sa mère avait mis de côté pour ses études. Avec Hobie, Theo append la restauration d'antiquités et se rapproche aussi de Pippa, la fille dont il est amoureux, pupille de Welty, victime comme lui de l'attentat du musée, et qui revient parfois en visite chez Hobie quand elle n'est pas dans sa pension suisse.
Quelques années plus tard, Theo alors âgé de 24 ans, reprend la boutique laissée à l'abandon depuis la mort de Welty, et cherche une manière discrète de rendre le tableau qu'il avait précieusement conservé pour pouvoir l'admirer car sa vue lui procurait un bienfait inestimable après toutes les épreuves subies. Son besoin de se débarrasser du tableau devient urgent lorsqu'il est approché par un personnage louche lui laisse entendre qu'il sait qu'il détient ledit tableau et qu'il est prêt à payer une fortune pour l'avoir.
Pleinement conscient de ma folie, j'avais téléchargé sur mon ordinateur et mon téléphone des photos représentant le tableau pour pouvoir jubiler devant l'image en privé, coup de pinceau au rendu digital, éclat de lumière du soleil du XVIIème siècle compressé en points et en pixels, mais plus la couleur était pure, plus le sentiment d'empâtement était puissant, plus je voulais l'objet lui-même, irremplaçable, glorieux, inondé de lumière. p.528)


12 chapitres pour ce très beau roman qui, malgré sa longueur, se lit d'une manière impérieuse : c'est très bien écrit, c'est intéressant, ce roman agit comme une drogue : le lecteur est vite "accro" comme nos jeunes héros qui tombent vite dans la spirale infernale de la drogue. Portrait sans doute réaliste d'une certaine jeunesse, je ne peux dire, mais ce qui est sûr, c'est que celle-ci est épouvantable ! Enfants livrés à eux-mêmes par des parents démissionnaires, qui s'amusent à chercher la mort, ou en tout cas, qui ne vivent pas sainement c'est le moins que l'on puisse dire : aucun soin, des repas inexistants, de l'alcool qui coule à flots, tout ce qui leur tombe sous la main, des drogues douces, dures en veux-tu en voilà.... Je me demande comment ça se passe en classe car, tout de même, des ados qui ne mangent rien, qui ne dorment pas, qui boivent et qui se droguent : ça doit se voir ! Mais l'auteur ne développe pas cet aspect là de l'éducation scolaire américaine.
J'ai apprécié ma lecture mais j'ai été déçue par les dernières pages où l'auteur tente une sorte de justification de ce qu'est l'art, la beauté, la rédemption...pour ma part une partie inutile.


titre original : The goldfinch
année sortie 2013 - édition française en 2014
Traduction de l'anglais (EU) par Edith SOONCKIDT
780 pages
illustration d'entrée de billet : "le chardonneret" de Carel Fabritius (1654)

dimanche 27 juillet 2014

PAASILINNA Arto - Petits suicides entre amis


Un entrepreneur dont les affaires capotent régulièrement (il fait faillite plusieurs fois) tente de mettre fin à ses jours au même endroit qu'un autre désespéré récemment veuf : une grange isolée. Devant cet incroyable hasard, les deux hommes reconnaissent que leur rencontre ne peut pas être fortuite et décident de passer une annonce pour toucher le plus grand nombre de candidats au suicide afin de voir comment les aider. Une grande réunion s'organise façon séminaire des "alcooliques anonymes" et à l'issue de cette magnifique journée très réussie, un petit groupe prend place à bord d'un autobus de luxe qui doit les mener vers une chute spectaculaire pour un suicide collectif de toute beauté.

Voici un livre que m'a prêté un ami qui me la très chaudement recommandé. J'avoue ne pas avoir adhéré à son enthousiasme au fur et à mesure de la lecture : une histoire effectivement délirante, absurde, ce qui aurait pu me plaire, mais un style sans attrait.
Dans ces circonstances, il ne restait plus qu'à négocier une destination plus acceptable. Il fut décidé de tourner le nez de l'autocar vers l'est, en direction du lac aux grives. L'on parvint, à grand-peine, à convaincre le chauffeur de rallier la villa de Rellonen. Avant d'accepter, il s'enquit encore en détail de la hauteur des berges du lac et de la distance qui les séparait de la route. Son véhicule avait coûté cher, et il en était responsable. (p.98)

Ce que j'ai un peu aimé : l'originalité du sujet, l'humour noir de certains passages.

Ce que je n'ai pas apprécié : un style ennuyeux, des passages lourds, les noms des protagonistes "prénom et nom" répétés à chaque fois, j'ai vraiment eu du mal à leur donner une chair, une présence, ils sont tous restés à l'état de mannequins, de silhouettes tragi-comiques agitées de manière loufoque. Une fin encore plus improbable que ce thème des "Mortels anonymes".
Une lecture que j'ai finit par achever en accélérant vers la fin "sur les chapeaux de roues".

titre original : Hurmaava joukkoitsemurha
année sortie 1990
édition française en 2003 chez Denoël
282 pages
traduction du finnois par Anne Colin du TERRAIL
illustration d'entrée de billet : "Haavoittunut enkeli" (L'ange blessé (1903) de Hugo Simberg

mardi 24 juin 2014

JONASSON Jonas - Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire


Alan Karlsson, un centenaire, s'échappe de la maison de retraite et rencontre à la gare routière où il compte prendre le premier bus en partance un malfrat à qui il emprunte sa grosse valise sans savoir que celle-ci renferme un énorme butin. Poursuivi par le voleur, il sympathise également avec des inconnus qui l'aident dans son entreprise à reprendre les rennes de sa vie.
  

Mes voisins m'ont glissé ce bouquin dans ma boîte aux lettres et je les en remercie car jamais je n'aurais eu l'idée de choisir ce roman dont j'ai pu lire beaucoup de critiques à sa sortie en 2011. Autant de bonnes critiques pour un auteur jusque là inconnu, j'avais peur d'être déçue comme j'ai pu l'être avec certains best-seller portés aux nues et que j'ai personnellement trouvé au mieux très moyens (au pire archi nuls !).
Très belle surprise donc de découvrir cette histoire et ce, dès les premiers chapitres. Il y a un style, un souffle, un rythme qui ne se dément pas, renforcé par une structure en mille-feuille : un chapitre sur le temps présent, le suivant sur le passé de Allan, et ainsi de suite...
C'est drôle, intelligent, caustique et parodique. Allan est un sacré numéro, un inventeur malgré lui, un utopiste bon enfant, qui sous des airs de benêt tire les ficelles des marionnettes politiques du monde. Rien que cela !
Dieu lui répondit par le silence, une fâcheuse manie qu'il avait parfois et que le pasteur Fergusson percevait comme le signe qu'il devait réfléchir par lui-même. Les choses ne se passaient pas toujours très bien quand il agissait seul, mais ce n'était pas une raison pour se décourager.
Au bout de deux jours et deux nuits à peser le pour et le contre, le pasteur Fergusson décida finalement de se réconcilier avec son camarade de cellule. Il informa monsieur Allan qu'il était désormais disposé à lui parler de nouveau.
Allan lui répondit qu'il n'avait rien contre le silence mais qu'à son avis rien ne valait le dialogue. (p.218)
A découvrir, l'un des meilleurs livres lu depuis longtemps du point de vue fond et forme. A offrir à des amis qui ne l'ont pas encore lu.



Titre original Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann
pays d'origine : Suède
année sortie 2009
édition française en 2011
500 pages
traduction française de Caroline BERG
illustration d'entrée de billet : photo du fim du même nom