Car il y a bien eu une légende. Elle est née en prison. Elle s’est propagée dehors. Elle m’a porté comme une vague porte un corps : parfois elle le sauve, parfois elle le noie. Et j’ai mis du temps à comprendre que la légende, même quand elle nous protège, nous prend quelque chose, notre droit d’être simplement un homme.

Je ne suis pas du tout fana des livres politiques mais j'étais très intéressée par lire "La Légende" car, comme de nombreux anonymes, j'ai été touchée par cette histoire qui a été fort médiatisée.
Pour nous, les criminels jugés, donc sans avocats, rien n'est plus essentiel que de voir la famille ; c'est la dernière île avant de disparaître dans le vaste océan de la mort.
Le style est littéraire mais accessible, le récit est non linéaire et d'habitude cela me gène mais ce roman est assez bien construit avec des chapitres, parfois appelés "temps", associés à un court résumé. On suit sa mésaventure sans pouvoir rester insensible devant tant de bassesses gratuites (les gardiens de prison), mais aussi tant d’atermoiements diplomatiques.
- Moi je t'ai apporté des livres, des bons, pas comme les tiens, mais le règlement... Le gardien-chef les a brûlés et a dispersé les cendres dans le jardin pour nourrir son citronnier.
Je les ai bien remercié pour les cacahuètes qu'ils ont réussi à passer dans leur poches, et pour leurs mots d'esprit qui m'ont aéré le cerveau.
Les redites, parce qu'elles existent c'est vrai, ne sont pas du tout gênantes et, pour ma part, je les ai assimilées à ces cailloux brassés par le reflux de la mémoire sur la plage saccagée des souvenirs d'un homme meurtri en reconstruction physique et morale. Nécessaires.
Je reviens sur le jour de ma libération. Mon esprit embrouillé en a donné un récit incomplet, et peut-être quelque peu cinématographique. En prison, le temps pèse sur la mémoire, on raconte plusieurs fois la même histoire, sous différents angles, pour trouver le plus juste.
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| publié en 2026 |
Mon procès a duré cinq minutes : cinq ans de prison ferme, une amende faramineuse, cinq cent mille pesos, l’opprobre national, la saisie de nos biens personnels, la déchéance de nationalité et l’expulsion expresse du pays. Et je n’avais rien dit, rien fait – sinon me parler à moi-même à bâtons rompus, sans malice aucune.


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