mercredi 22 juillet 2026

La séquestrée (Le papier peint jaune) - Charlotte PERKINS GILMAN


 
Un couple loue une maison le temps des travaux de la leur. L'épouse, jeune mère, est plongée dans une sorte de mélancolie que son mari, médecin, soigne en prescrivant du repos et l'interdiction d'écrire ; or l'écriture est la seule chose à laquelle l'épouse témoigne une réelle capacité de rédemption possible. Elle s'ennuie, et le papier jaune à moitié déchiré de l'ancienne chambre d'enfants devenue la sienne et dans laquelle elle passe la plupart du temps semble être mû d'une vie propre : sous ce papier, une tapisserie ancienne semble dissimuler la silhouette d'une femme qui rampe pour échapper aux ombres qui la recouvre.

Qui n'a jamais été effrayé par une tapisserie ancienne, dans une vieille demeure où l'on imagine que vivent les fantômes ? Pas moi car j'ai souvent mis en scène les monstres et les têtes que je distinguais dans la pénombre avant de pouvoir m'endormir.
 
C'est à ces moments que je pensais lorsque je lisais cette courte histoire hier avant de m'endormir. Une histoire bien entendu plus grave qu'une simple frayeur d'enfant puisque Charlotte Perkins Gilman y dépose son fardeau : à son époque, vivre en indépendance n'était pas aussi possible que maintenant, les femmes étaient soumises à l'autorité d'un homme : père, frère ou mari ! lesquels pouvaient décider de leur pseudo liberté et libre arbitre.
 
Un récit d'une écriture soigneuse, méthodique, hypnotique, qui glisse lentement vers le non-sens, vers une issue qui traduit bien la perte de soi. Les visions fantastiques, véritable anamorphoses des sentiments nous feront désormais méfier de n'importe quel papier peint imprimé dans les tons jaunes ! On a également l'impression que les têtes dont il est question personnalise les enfants : ceux-ci entravent en quelque sorte la liberté de la femme, la mère. Dans cette folie là, "baby blues", dépression post-partum, l'enfant n'est plus un petit être sans défense qu'il faut apprendre à soigner et à apprivoiser mais un monstre capable de rendre folle, par peur de ne pas savoir, pas peur de plus être soi.
 
Personnellement, je préfère le titre d'origine, plus mystérieux. "La séquestrée" est un titre qui laisse le doute sur "qui est séquestrée" : la narratrice ou la victime que celle-ci voit dans sa folie, peut-être aurait-on dû carrément écrire Les séquestrées tant que nous y sommes, mais je ne suis pas fan des adaptations libres, je préfère la fidélité, sauf si l'adaptation permet de rendre compte d'un jeu de mot inexistant dans la langue originale, ce qui n'est pas le cas ici.
 
Diane de Margerie, la traductrice, a travaillé sur le sujet et, dans sa postface intitulée "Écrire ou ramper", nous informe sur de nombreuses pages que cette nouvelle à pour sujet l'enfermement, l'évasion, le sentiment de folie qui s'empare des victimes du "monde mâle".
 
Une emprise masculine qui est encore de nos jours le quotidien de bien des femmes dans certains pays ! 
 
 

Aucun commentaire: