Wendell, le narrateur entraine le lecteur dans le luxueux milieu d'élevages de pur‑sang dans le Midwest américain. Wendell est un avocat réservé qui traite parfois d'affaires louches et son cousin Owen -devenu son frère adoptif- est d'un caractère opposé et exubérant : il travaille dans le milieu de l'élevage de chevaux de race lorsqu'il ne perd pas des fortunes au poker.
Owen multiplie les aventures amoureuses, aurait aimé se marier avec la riche héritière Olivia, a eu une fille : Kyle avec son épouse Marjorie, et la dernière conquête en date est Carrie, une très belle actrice qui ne laisse pas Wendell indifférent d'autant que ses relations avec sa femme Patricia sont au point mort : "Peut-être nous
aimions-nous toujours, mais c'était l'attention prudente de deux chiens
d'âge mûr ; nous n'éprouvions plus le moindre intérêt l'un pour l'autre." (p.58).
Lorsque Owen se rend coupable du vol d'une pouliche achetée 700 000 dollars en l'échangeant avec une autre pouliche achetée 2 000, son entourage proche mis au courant, décide de taire le forfait qui aurait amené Owen à une forte amende voire un emprisonnement, organise l'échange des mêmes pouliches et consent à garder ce secret aussi longtemps que possible. Owen ne se doutant de rien, pense entraîner la pouliche de compétition alors qu'il a récupéré à son insu celle qu'il avait acheté à 2000 dollars.

Il faut lire la postface de Brice Matthieussent (le traducteur) pour savoir que ce tapuscrit non daté et inédit aurait été imaginé pour un scénario à la fin des années 70 donc au moment des nouvelles rassemblées sous le titre "Légendes d'automne". Matthieussent l'a découvert dans les archives de l’écrivain.
84 pages sans coupure, pas de chapitre : la nouvelle se lit en quelques heures, mais le style de Jim Harrison n'est pas un style facile : le vocabulaire est recherché, la psychologie de certains personnages est bien décrite tandis que celle d'autres est à peine esquissée.
J'ai relu certains passages pour bien comprendre ce qui se passe pour faire ce compte-rendu.
Étant donné que j'ai commencé à lire les oeuvres de Jim Harrison à partir de 2008 (avec la volonté de présenter tous les romans et nouvelles sur mon site qui lui est entièrement dédié : https://jim-harrison.blogspot.com/), je suis habituée depuis le temps à sa verve, à ses personnages fougueux.
Fougueux, c'est l'attribut qui m'est venu cette nuit car je laisse toujours reposer un livre avant d'écrire un commentaire, ce qui me permet souvent d'en rêver.
J'ai été très heureuse et satisfaite de lire cette "nouvelle" que Jim délivre comme une cascade ininterrompue comme il sait si bien le faire, mêlant dialogues, réflexions personnelles ("...l'exercice du pouvoir suppose qu'on exploite à fond la crédulité d'autrui" p.21), tragédie et humour (les prénoms proches
phonétiquement Wendell, Owen, Lowell et à la fin Wendy, sans doute choisis volontairement), et qui aboutit à un épilogue doux amer (Carrie a t'elle eu l'enfant qu'elle souhaitait avec Wendell ?) où Harrison poursuit le récit de l'Amérique avec ses exubérances et ses contradictions sans oublier ces choses indispensables que l'on retrouve dans tous ses écrits : la nourriture, la nature, l'amour, et les animaux.
Le monde, la Terre était l'endroit où les chevaux vivaient. Les humains arrivaient en deuxième pour l'affection. Les chiens juste derrière. (p.10)
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| publié en 2025 directement en version française traduction par Brice Matthieussent |
Le litre du livre rappelle le titre de la chanson "Blue moon of Kentuky" qui est la chanson bluegrass (musique country avec banjo) officielle du Kentuky.
- Dans la postface, Brice Matthieussent évoque Édouard Manet pour expliquer le fait que certains personnages de la nouvelle sont à peine esquissés (apparence, pensées) de même que Manet choisissait de laisser une partie d'un tableau volontairement floue ou paraissant inachevée comme dans le tableau Le Repos où la main droite de la femme (sa belle-sœur Berthe Morizot) est beaucoup moins détaillée que la gauche.
- Cet aparté de la part du traducteur s'explique par le fait que Matthieussent est docteur en philosophie spécialité esthétique, il a donc le pouvoir de débusquer des choses que nous ne voyons pas à première vue mais qui, une fois dévoilées sont les bienvenues car elles témoignent du travail parfois invisible de l'auteur et cela donne beaucoup de satisfaction au lecteur.
- Pour ma part j'aurais préféré lire cela en préface plutôt en postface.
illustration d'entrée de billet : Michael Heslop




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