Hans Castorp, un jeune ingénieur rend visite à son cousin Joachim Ziemssen, en cure au sanatorium Berghof en haut de la station alpine de Davos. Venue y passer 3 semaines avant de prendre son premier poste il va finir par y rester sept ans, convaincu par le docteur d'avoir besoin de soins et retenu par la présence, puis l'absence, d'une femme qu'il lui est impossible d'oublier, de même qu'il lui est impossible de ne pas la tutoyer. Le séjour sera finalement rompu lorsqu'il partira se battre sur le front de la 1ère guerre mondiale.
– Eh bien, est-ce que tu as l’intention de me tutoyer pour toujours ?– Mais oui. Je t’ai tutoyée de tout temps et je te tutoierai éternellement.– C’est un peu fort, par exemple. En tout cas tu n’auras pas trop longtemps l’occasion de me dire « tu ». Je vais partir.

Souvent mes lectures se décident par opportunité, par envie ou par curiosité et c'est grâce à cette dernière que l'envie me poussa il y a quelques mois à commencer "La montagne magique". Je dispose d'une version électronique en 2 volumes, soit 1145 pages, et j'ai passé des soirées, et parfois quelques morceaux de nuit, à me plonger dans ce récit à nul autre comparable, qui m'a emportée tantôt dans un récit ponctué de passage à l'humour bienvenu - Hans Castorp est un personnage qui m'a paru d'emblée sympathique et digne d'intérêt - tantôt dans de longues pages philosophiques qui m'ont ennuyée.
Lorsqu’il entreprit le voyage au cours duquel nous l’avons rencontré, il était dans sa vingt-troisième année. Il avait derrière lui quatre semestres d’études à l’École Polytechnique de Dantzig et quatre autres semestres qu’il avait passés aux Universités techniques de Brunchvig et de Carlsruhe, il avait passé récemment sans éclat ni bravos, mais très convenablement, son premier examen, et s’apprêtait à entrer chez Tunder et Wilms, comme ingénieur volontaire, pour y recevoir une formation pratique.
Il est intéressant de savoir que ce roman, écrit entre 1912 et 1924, est inspiré par une expérience vécue par l'auteur et que sans être entièrement biographique, Thomas Mann y accumule de nombreux thèmes de son époque et qui sont encore plus prononcés dans les derniers chapitres (antisémitisme, psychanalyse, psychisme, se battre en duel pour des idées, ...).
J'ai préféré, et applaudit en moi-même, tous les passages cocasses, et il y en a de nombreux, comme celui où l'oncle de Hans, las de ne plus le voir redescendre, vient le trouver dans sa montagne, faillit y rester lui aussi pour une "petite cure" et s'enfuit sans demander son reste.
Ainsi s’acheva la tentative faite par le pays plat pour s’emparer de nouveau de Hans Castorp qui s’en était évadé. Le jeune homme ne se dissimula pas que l’échec complet qu’il avait prévu était d’une importance décisive pour ses rapports avec les gens de là-bas. Cela signifiait que le pays plat renonçait à lui en haussant les épaules ; mais pour lui cela signifiait la liberté parfaite qui peu à peu avait cessé de faire frémir son cœur.
Certains passages échappent au récit comme des apartés, il faut dire que l'auteur se pose en récitant, souvent le lecteur est un auditeur, c'est assez surprenant mais drôle et nous replace comme un observateur, l'auteur utilise vers la fin le terme d'ombre, le lecteur devient une ombre que le champ de bataille ne peut pas atteindre car nous sommes à l'abri de tout danger physique.
Oh honte de notre sécurité d’ombres ! Partons ! Nous n’allons pas raconter cela ! Notre ami a-t-il été touché ? Un instant il a cru l’être. Une grosse motte de terre a frappé son tibia, sans doute a-t-il eu mal, mais c’est ridicule. Il se redresse, il titube, avance en boitant, les pieds alourdis par la terre, chantant inconsciemment :Und sei – ne Zweige rauschtenAls rie – fen sie mir zu…Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
A la fin du roman, j'ai ressenti un frisson parcourir tout mon corps et ce frisson revient en ce moment même où j'écris cette phrase. Car je ne suis pas prête d'oublier ceux d'en haut, les envoûtés de la montagne qui croyaient que la vie et l'amour pouvaient peut-être les sauver, un temps, de la mort.
![]() |
titre original en allemand "Der Zauberberg" publié en 1924 |
...ces adversaires dans le domaine de l’esprit poursuivaient alors leurs joutes incessantes dont nous ne saurions rendre compte d’une manière explicite sans nous perdre dans un dédale désespérant – exactement comme ils le faisaient eux-mêmes tous les jours, devant un public assez nombreux, encore que Hans Castorp tendît à considérer sa pauvre âme comme le principal enjeu de leurs débats dialectiques. Il avait appris par Naphta que Settembrini était franc-maçon – ce qui lui avait fait une impression non moins vive que la confidence de l’Italien sur les accointances de Naphta avec les jésuites et l’origine de ses ressources. De nouveau il éprouva de la surprise en apprenant qu’il existait vraiment encore des choses aussi fantastiques, et avec insistance il interrogea le terroriste sur l’origine et la nature de cette curieuse institution qui célébrerait dans quelques années son deux-centième anniversaire.
Illustration : vue générale de Davos et du sanatorium de la Schatzalp



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire