mercredi 17 décembre 2025

Belphégor - Arthur BERNÈDE



Un veilleur de nuit est assassiné au Musée du Louvre. La police, en la personne de l'inspecteur Ménardier, se met en quête du coupable ainsi que le détective privé Chantecoq et le journaliste Jacques Bellegarde qui travaille au Petit Parisien.

Le début
- Il y a un fantôme au Louvre ! 
Telle était l’étrange rumeur qui, le matin du 17 mai 1925, circulait dans notre musée national.
Partout, dans les vestibules, dans les couloirs, dans les escaliers, on ne voyait que des gens qui s’abordaient, les uns effrayés, les autres incrédules, et s’empressaient de commenter l’étrange et fantastique nouvelle.
Dans la salle dite des « David », devant le célèbre tableau, le Sacre de Napoléon, deux gardiens discutaient avec animation.
Bientôt, les balayeuses et les frotteurs qui, ce jour-là, n’accomplissaient que fort distraitement leur besogne, s’approchaient d’eux, afin d’écouter leur conversation, qui ne pouvait manquer d’être fort intéressante.




Avis mitigé

Une lecture que j'ai moyennement apprécié : j'ai aimé l'humour qui est distillé à de nombreuses reprises mais j'ai été agacée par la longueur du récit aux multiples rebondissements et les innombrables répétitions (35 passages de la formule "roi des détectives" pour nommer Chantecoq).

Dévoilement de l'histoire

Après avoir acheté un buffet au collectionneur Papillon dans lequel se trouvait un livre ancien qui indique l'emplacement d'un trésor dans le Louvre, Simone Desroches, héritière ruinée et maîtresse de Jacques Bellegarde, met en place un cambriolage (qui tourne mal avec la mort d'un gardien qui l'a surpris). Revêtue d'un costume effrayant de fantôme couvert d'un drap noir, elle s'introduit de nuit dans le Louvre afin de récupérer une caisse renfermant un trésor caché sous une statue. Il ne lui reste plus qu'à faire fondre les pièces d'or et récupérer les pierres précieuses de la couronne afin de fuir à l'étranger et se refaire une nouvelle vie. Mais c'est sans compter la perspicacité des deux polices (Ménardier et Chantecoq) à ses trousses, aussi elle n'hésite pas à créer de faux témoignages pour accuser son ex amant Bellegarde d'être Belphégor, celui-ci ayant mis fin à leur relation car il est tombée amoureux de Colette, la fille de Chantecoq. Le journaliste devra se cacher chez Chantecoq pour permettre au détective de découvrir le pot aux roses. Après avoir mis en scène sa propre mort, incarné sa soeur venue rendre ses hommages devant sa dépouille, Simone ressuscitée finit par se suicider dans un grand final théâtral.




Où l'intérêt s'étiole



Le style n'est pas si mal mais la structure du roman, basée sur les publications épistolaires dans un journal quotidien, illustre parfaitement ce que j'ai déjà remarqué pour "Le faucon de Malte" : on a l'impression qu'il faut tenir le lecteur en haleine, le titiller pour qu'il achète la suite (qui n'en finit plus...). Les multiples rebondissements sont parfois invraisemblables mais le livre se lit assez rapidement.

En parallèle des publications quotidiennes de 1927, un film de 4 épisodes fut projeté dans le même temps. Et lorsque le feuilleton littéraire s'acheva, le roman fut publié en avril 1927.

1927

De nombreux thèmes abordés qui sont toujours d'actualité

  • Le besoin d'argent, coûte que coûte même au prix d'un assassinat.
  • Les méfaits de la drogue.
  • La vacuité des rentiers (époux Papillon).
  • Les a priori de l'étranger : avec le (long) passage humoristique entre les époux Papillon lorsque lui veut rester pour acquérir un bibelot de plus et qu'elle veut repartir en voyage au plus vite.
- Eudoxie, il nous est impossible de partir demain au Japon.
- Pourquoi ? 
- Parce que j’ai lu dans un journal qu’une épidémie de béribéri, apportée à Yokohama par des Noirs, venait d’y éclater et se propageait dans tout l’empire nippon avec une rapidité foudroyante.
- Le béribéri ! s’exclamait Eudoxie. Qu’est-ce que c’est que cela ?
- C’est la maladie du sommeil… Il paraît qu’en moins de huit jours elle a fait plus de cinq cent mille victimes.


Adaptations

Il y eu plusieurs adaptations cinématographiques.



la statue de Belphégor à terre dans la salle des dieux barbares
film (muet) de 1927

Ceux-ci, après avoir reçu ses instructions, se dissimulèrent derrière deux grandes statues qui décoraient la salle des Dieux barbares. Ménardier se blottit dans une énorme vasque où il disparut tout entier, tandis qu’à travers les larges fenêtres garnies de barreaux qui donnaient sur la cour du Louvre, les rayons de la lune se glissaient, nimbant de leur argent clair la tête du dieu Belphégor, gisant toujours au pied de son socle, sur les dalles en mosaïque encore marquées par le sang du gardien Sabarat.

Un peu de géographie

Chantecoq habite sur l'avenue de Verzy qui est une voie privée :
D’un bond, Chantecoq s’élança vers la fenêtre, qu’il ouvrait précipitamment. Le petit jardin au milieu duquel s’élevait la villa était désert ; mais il lui sembla qu’une ombre filait rapidement dans l’allée de Verzy, et se confondait promptement avec les ténèbres.
avenue de Verzy


Illustration d'entrée de billet : anonyme, la salle des saisons Louvre

lundi 8 décembre 2025

Le Monde en nouvelles (Collectif)


1. À l’autre bout du ciel par Sarah Jeanmonnot
Norvège. Une femme abandonnée décide de voir les aurores boréales et réserve un séjour aux Iles Lofoten.
...j’ai eu les larmes aux yeux, une illusion de mon rêve devant moi : voir un jour les aurores boréales.
2. Épicentre par Claire Jeanne Soulet-Clijsen
Nuku-Hiva, Les îles Marquises. Une femme trahie se ressource après que son mari l'ait quittée pour une autre femme. 
Ce voyage aux Marquises était un cadeau d’anniversaire qu’elle s’était offert quand son monde s’était écroulé.
3. Le Crabe et le Vieux Marin par Vanessa Loustau
Valparaíso-Chili, Marseille-France. Un vieux marin atteint par le cancer se souvient de sa jeunesse de son amour pour sa femme emportée par le cancer quelques années plus tôt et décide de partir en Suisse pour être euthanasié.
C’est le crabe qui est revenu pour moi. Et il a pincé mon pancréas.
4. "Rodrigues, as-tu du cœur ? " par Céline Travaglianti
Rodrigues, une île dans l'archipel des Mascareignes (Maurice). Après son divorce, une femme emmène sa fille de trois ans en vacances.
Nous partons à Rodrigues. Loin, très loin de notre quotidien, sous d’autres tropiques. Une île préservée, peu touristique, offrant de belles plages, mais sans danger, je ne suis pas une aventurière.

5. Berraca par Céleste Richard
Colombie, Pérou, Bolivie. Une femme qui a besoin de rupture avec sa vie décide de partir 3 mois en PVT (programme vacances travail) et finit par rester 1 an en Amérique du sud. 
« qu’est-ce que tu ferais là maintenant si tu n’écoutais que toi ? ». Ça a été une évidence. « Je partirais faire le voyage que j’ai toujours rêvé de faire en Amérique du Sud ».
.../...
Pour la première fois de ma vie en presque 29 ans, je prenais une décision juste pour moi. À l’aéroport, ma mère m’a presque dit à bientôt, persuadée que je reviendrai dans trois semaines, dans la norme. Je suis partie un an.

Laos. Mekong par Romeo A sur unsplash


6. Je te pardonne par Cynthia Alain
Laos. Une femme reprend goût à la vie après avoir été violentée par son propre mari et trouve un nouveau compagnon au bout du monde.
Pardonner est un cheminement complexe et en même temps libérateur. C’est un voyage qui, je l’espère, va me permettre de retrouver la paix intérieure. Elle a commencé à émerger sur un bateau en bois, sur le Mékong, entre Luang Prabang et Huay Xai au nord-ouest du Laos …
Il faut savoir qu’avant de partir en voyage, je me suis formée à la méthode du Dien Chan, de la réflexologie faciale, pour m’aider à soulager les maux du quotidien sans médicament. Je pensais que cela pourrait m’être très utile car au lieu de voyager avec une énorme trousse à pharmacie, je transporte juste… un caillou !

7. Apprendre à rêver à l’école du sourire de Bouddha par Laurence Baldini
Inde. Un couple choisit de partir en Inde pour profiter d'un voyage non remboursable suite à l'épidémie du COVID et tombe sous le charme des élèves de la Buddha’s Smile School et décide de monter une association de parrainage.
Nous sommes en Inde ! Il y a quelques mois, ce voyage s’est imposé à nous. Nous n’avons pas choisi l’Inde, l’Inde nous a choisis.

.../... 

Ce sont des enfants des rues, de la caste des Intouchables dont la vie et l’avenir se résument à mendier, ramasser les ordures ou nettoyer les latrines et être mariées de force pour les filles dès 12 ans et faire des enfants qui recommenceront ce cycle infernal. Elle nous parle de son engagement, de ses espoirs, de ses projets, de ses réussites et de ses peines. Rajan offre à ces enfants oubliés l’autorisation de RÊVER. Rêver à une vie meilleure et différente de leurs conditions de vie. Rêver qu’ils peuvent devenir institutrice, infirmière, banquier ou artiste. Rêver qu’ils peuvent vivre dans une maison et manger à leur faim chaque jour. Rêver qu’ils peuvent faire un mariage d’amour. Elle veut leur donner leur chance. Quand Rajan parle, elle a des étoiles dans les yeux. Cette femme nous émeut par son énergie, sa bienveillance et son amour envers ceux qu’elle appelle ses enfants. À notre tour, elle nous questionne sur notre vie.

Horseshoe Bend photo d'Alan Liu sur Unsplash

8. Quelques pas de plus par Agnès Marot
USA, Arizona, Horseshoe Bend. Une danseuse victime d'une entorse assez grave retrouve espoir avec son mari en réalisant un voyage de rêve malgré ses béquilles.
La caméra s’éloignait alors, dévoilant le paysage qui l’entourait : un fleuve d’un bleu turquoise formant une boucle étonnante, tout au fond d’un canyon ocre vertigineux. Horseshoe Bend. Le sublime fer à cheval dessiné par le Colorado, en Arizona. Gab l’a reconnu aussitôt : il figure dans nos guides de voyage, ceux que je lui ai offerts pour notre cinquième anniversaire. Nous nous sommes alors promis de faire ensemble ce grand voyage.

9. Kralingen pat Jennifer Dufraisse
Pays bas. A la mort de sa mère, une femme accepte un poste aux Pays-Bas, pays qu'elle aime depuis toujours. En nettoyant son appartement elle découvre un carnet écrit dans les années 30 et décide de partir sur les traces des protagonistes du carnet.
Excitation de partir à l’aventure, de changer d’air, de découvrir quelque chose de nouveau. Je pense à elle et me demande ce qu’elle m’aurait dit si elle avait été là. Elle m’aurait sûrement regardé d’un air mi-fâché, mi-amusé, les yeux brillants et le sourcil droit légèrement relevé, avant de dire : « Tu te poses vraiment la question ? Mais c’est ce dont tu rêves depuis toujours, voyager, partir vivre à l’étranger. Et dans un pays que tu adores en plus. Tu te poses vraiment la question ? ». Au fond de moi, je sais qu’elle a raison. Ma décision est prise : adieu Paris. Hallo Rotterdam !

10. D’une mer à l’autre par Katia Grosmaire
Pays Basque, Copenhague. Après un accident de voiture, une femme décide de reprendre en main son destin en réalisant un voyage en voiture longue distance vers le pays Basque, puis plus tard elle prendra le train de Marseille pour Copenhague.
Demain, elle repartira en direction des Hautes Pyrénées, vers l’inconnu, sans nouvelle étape réconfortante à l’horizon..../...Elle veut vivre pleinement ce passage éphémère dans les montagnes, respirer à pleins poumons, savourer le calme et célébrer le repos de l’âme, enfin, elle qui est partie d’une mer en direction d’une autre.

11. Kali et moi par Emilie Souquet
Inde, Calcutta. Une femme travaillant comme professeur de français à l'Alliance française découvre le pouvoir de répulsion et d'attirance de Kali, la déesse qui venge les femmes.
J’avais fui la France pour la première destination venue. N’importe où pourvu que ce soit loin, très loin. Fui une histoire d’amour qui me broyait, une sœur qui me gangrénait, une mère qui m’enchainait. Il était temps que je sorte des carcans que je m’étais créés, que je m’évade de leurs rancœurs et respire enfin les effluves émanant de cieux moins viciés. Il a fallu que j’atterrisse à Calcutta. Que voulez-vous, on n’écrit pas soi-même son voyage initiatique.




Onze auteurs pour 11 nouvelles décrivant le voyage que chaque protagoniste vit comme un nouveau départ, une renaissance ou une nouvelle ligne de conduite. Les nouvelles ont été sélectionnées parmi 400 textes reçus en 2024 lors du concours réalisé par "Colombus Voyages" sur le thème “Escale de vie : voyage qui transforme”.

Une lecture originale car les récits sont variés, certains contiennent de l'humour, d'autres des références littéraires, la plupart sont optimistes : les expériences vécues permettant de rebondir au travers de défis personnels. J'ai apprécié cette lecture en préférant certaines nouvelles pour leur profondeur et les sujets traités comme "Le Crabe et le Vieux Marin", d'autres récits m'ont parus plus superficiels.

publication ebook en 2025 Librinova




Illustration d'entrée de billet : aurores boréales par Johannes Groll

Toutes les illustrations viennent du site Unsplash.com en licence gratuite

vendredi 5 décembre 2025

Un père qui parle - Perles semées au creux de l’oreille - Marlène GELIE


L'auteur nous entraine dans le bavardage poétique d'un "père qui parle", ses paroles comme un fleuve intarissable invite à une réflexion quasi universelle.
Celui qui n’a jamais pris le temps
de promener son chien
sera fort embêté
lorsqu’il sera accueilli par ses grognements.
(dans A ne pas négliger)

Voici un petit livre d'un peu plus de 100 pages divisés en 76 chapitres d'aphorismes poétiques :
Le nid est douillet, mais tu dois l’abandonner, 
C’est en volant de tes propres ailes que tu augmenteras ta vigueur.
La lecture est fluide et les sujets changent avec une constante : donner du pouvoir à l'esprit, savoir modeler sa pensée vers un équilibre utile, le bonheur. Original dans sa facture, ce livre est un excellent moyen de prendre le temps de réfléchir, de se recentrer sur l'essentiel, à la manière d'un almanach qui découvre chaque jour une réflexion inspirante. L'auteur indique qu'il s'agit des paroles d'un père mais c'est tellement bien fait qu'une mère pourrait dire la même chose, ce n'est pas un livre sectaire !

publié en 2025 (Librinova)



Illustration : John Everett Millais "James Wyatt and his Granddaughter Mary"

mardi 2 décembre 2025

Le buveur de brume - Guillaume GALLIENNE



Guillaume Gallienne doit passer la nuit au Musée National de Tbilissi où se trouve un portrait de son arrière-grand-mère, la princesse Mélita Cholokachvili mais contrairement au projet initial, on l'autorise à passer la nuit dans la Galerie Nationale où ledit portrait a été installé spécialement pour lui. Contrarié, il accepte ce changement qui donne lieu à des digressions sur sa famille géorgienne restée au pays et, accessoirement, beaucoup de lui, son enfance, son amour du déguisement, propice à d'autres identités.

J’ai joué à ces jeux tous les soirs pendant des années. Dès que la maison s’endormait, je prenais la couette de mon lit et la transformais en une grande robe à l’aide d’une ceinture bien serrée et j’arpentais ma chambre en imaginant tout un tas d’interlocuteurs. Que ce soient des scènes de bal, à me figurer entourée de courtisans, des séances du Conseil devant des ministres imaginaires, des audiences ou bien des jeux avec des enfants que je me représentais s’amusant autour de moi, je me réfugiais dans un monde parallèle où c’était moi la princesse, non pas mon arrière-grand-mère, c’était moi qui étais d’une rare beauté et d’une grande élégance et non pas ma grand-mère, moi et non pas mon père, qui étais riche et qui avais les pleins pouvoirs, moi et non ma mère, qui pouvais alterner, sans transition, une grande chaleur pleine de charme et une froideur implacable. Je n’étais plus une tapette ou une pédale dont on se moquait ou que l’on humiliait, mais une grande dame que l’on admirait. 

Il y a des auteurs qui ont moins de style que lui et j'ai beaucoup apprécié sa délicatesse des mots, tant de poésie, tant d'humanité, ce fut un très bon moment de lecture avec un petit bémol : j'ai trouvé l'aspect politique un peu trop présent : l'histoire de Géorgie, la guerre que la Russie fait à l'Ukraine, les passages sont un peu trop longs et ne m'ont pas passionnée, sans doute parce que je ne m'y connais pas assez (et que cela ne m'intéresse pas tellement).
J'aime beaucoup l'acteur, le comédien Guillaume Gallienne et je suis heureuse qu'il ait levé un pan sur lui, sa famille, même si je n'ai pas trop été rassasiée par le musée en lui-même, et pour cause...


Nota bene : une redite qui m'a marquée car utilisée à de nombreuses reprises sous plusieurs formes : "Oblomov", "Oblomovisme" ou encore l'auteur du roman "Oblomov" Ivan Gontcharov, inconnu au bataillon pour ma part, c'est pourquoi je suis allée vérifier ce que "oblomovisme" signifie car cette répétition m'intriguait beaucoup et que j'aime bien comprendre les choses que je lis, un minimum. Oblomov donc, est le personnage du roman éponyme incapable de décision ou d'action et qui se complait à vivre dans sa chambre avant de se fondre littéralement dans le décor.

Nous marchions d’un pas tranquille quand soudain, nous avons été saisis par un courant d’air froid et humide, et en quelques secondes nos visages se sont retrouvés perlés de minuscules particules d’eau. Cela m’a fait songer à ces peuples des Andes qui, pour récupérer un peu de quoi s’abreuver, tendent des filets dans la montagne afin que s’y déposent les gouttes contenues dans les nuages. On les appelle les buveurs de brume. Il n’en existe aucun en Géorgie, car l’eau ne manque pas, mais en traversant le pont, j’ai eu envie de faire la même chose, de boire la brume comme de boire cette nuit qui m’attendait.

roman publié en 2025


la fin (clic pour agrandir)


Illustration : portrait de la princesse Mélita Cholokachvili par Savely Sorine.

dimanche 30 novembre 2025

Brûlez tout - Christophe MOLMY



Une équipe de la police judiciaire enquête sur plusieurs délits (incendie, attaque de relais téléphonique, meurtre) et doit faire face à un mystérieux activiste qui oeuvre sur les réseaux sociaux sous le pseudo de Watchmen. Les membres de l'équipe doivent s'unir pour découvrir qui tire les ficelles mais rencontrent des difficultés personnelles qui ralentissent les investigations.


Avis sur le livre
Je me suis décidée à lire ce roman pour son prix littéraire car je ne connaissais pas l'auteur et j'avais envie de renouer avec un policier contemporain après ma dernière lecture "Le faucon de Malte de Dashiell HAMMETT publié en 1930. L'auteur est un policier (il s'agit de son 7è roman) il sait donc de quoi il parle, pourtant les personnages ne m'ont pas convaincue : Sacha le vieux flic hanté par la mort de son collègue et ami, Coline la jeune flic victime de viol suite à un empoisonnement au GHB, Paul le petit jeune doué pour les nouvelles technologies, composent un trio caricatural et artificiel pour introduire beaucoup de sujets de société (dépression, traumatisme) tout en traitant le sujet de fond : comment un fou furieux qui croit sauver le monde (il commence par la France) peut arriver à créer une rébellion en publiant ses idées sur les réseaux sociaux afin de créer du bordel dans les rues, voire dans des lieux républicains, parce qu'il parvient à attirer dans son sillage des esprits faibles prêts à le croire et à agir.
– Pour résumer, vous dites qu’on a été dressés à croire tout ce qu’on nous dit, et que maintenant qu’on ne croit plus à rien, ça laisse le champ libre à des frappés comme Watchmen pour nous bourrer le mou ?
– C’est un peu court, mais c’est ça, oui. Si vous y ajoutez une fascination collective pour la violence, un rejet viscéral des élites, un relent de populisme, et l’extraordinaire tribune qu’offrent les médias sociaux, vous obtenez tous les ingrédients pour une révolte.
A propos du prix obtenu
Le style est assez vivant et n'est pas avare de dialogues, dans mon cas j'avais l'impression de voir un épisode d'une série policière sous les yeux, cependant cela ne rend pas le roman essentiel au niveau expression littéraire. Lorsque certains recherchent du contenu, j'ai également besoin d'une belle forme, de jolies trouvailles que je n'ai pas trouvées dans ce roman.
paru en novembre 2025


illustration du billet : Karthik Swarnkar via Unsplash

samedi 22 novembre 2025

Le faucon de Malte - Dashiell HAMMETT


Un détective privé de San Francisco se voit confier une simple affaire de filature qu'il confie à son associé, lequel est bientôt retrouvé mort. C'est alors le début d'une longue enquête pour ce détective blasé qui se retrouve embarqué dans une affaire d'escroquerie d'un trésor disparu qui vient de réapparaitre sur le marché : un faucon d'or recouvert de pierres précieuses provenant du trésor des templiers recouvert d'une couche d'émail noir pour camouflage et que certaines factions de malfaiteurs convoitent sans hésiter à tuer pour se l'approprier.

Première lecture de ce roman "classique" du polar mettant en scène le détective Sam Spade dans une première histoire qui sera suivie de deux autres. Je n'ai pas été convaincue par la personnalité du détective qui est très caricaturale dans le sens macho, ce n'est pas cela qui m'a gênée c'est la répétition de ses erreurs ce qui me parait inimaginable, en particulier avec sa cliente dont il fait sa maîtresse et dont il ne se méfie pas alors qu'il faudrait. J'ai pourtant apprécié la lecture qui se lit rapidement du fait de nombreux dialogues et descriptions, j'avoue que l'on est pressé de savoir quand va apparaître la mystérieuse statuette ! La narration à la 3è personne fait de nous un découvreur omniscient mais incapable d'anticipation, qui ne connaît pas les pensées des protagonistes ce qui laisse l'impression d'un parfait théâtre d'ombres, très cinématographique.



Il est évident pour moi que lire un roman publié initialement en feuilleton (magazine Black Mask) contient des écueils qu'il faut subir : des scènes répétées (la cigarette que le détective roule à de nombreuses reprises ou que sa secrétaire lui prépare par exemple). Le style n'a rien d'extraordinaire mais est d'une qualité permettant de passer un bon moment de lecture. 

J’essaye de recouvrer un… objet d’art… une statuette… égarée. J’espérais que vous pourriez m’aider à la retrouver.
Spade hocha la tête et leva les sourcils, manifestant l’intérêt qu’il portait aux paroles de son interlocuteur.
– Cette… statuette, dit Cairo, choisissant soigneusement ses mots, représentait un oiseau, un oiseau noir.
Spade hocha de nouveau la tête, intéressé.
– Je suis prêt à payer, au nom du propriétaire légitime, la somme de cinq mille dollars à la personne qui me permettra de la retrouver.
Cairo leva la main et désigna, de son index court à l’ongle plat, un point imaginaire dans l’espace.
– Je suis prêt à promettre également que… quelle est la phrase consacrée ?… Ah oui ! que je ne poserai aucune question indiscrète. Il replaça sa main près de l’autre, sur le bureau, et sourit placidement en regardant le détective.
– Cinq mille dollars, c’est une somme intéressante, remarqua Spade pensif. C’est… On gratta à la porte.
– Entrez, dit le détective. 

roman de 1930 publié en français en 1936

– Que savez-vous, monsieur, de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Rhodes ? 
Spade agita son cigare en un geste vague.
– Pas grand chose, avoua-t-il. Ce n’est pas au temps des Croisades ?
– Très bien ! Vous avez oublié, sans doute, que Soliman le Magnifique les chassa de Rhodes en 1523 ?
– Je ne l’ai, sans doute, jamais su. 
– Eh bien, monsieur, les Hospitaliers se réfugièrent en Crète. Ils y demeurèrent 7 ans, jusqu’en 1530, date à laquelle ils réussirent à persuader l’empereur Charles-Quint de leur céder – Gutman leva trois doigts rosés et gras et compta : Malte, Gozzo et Tripoli.
– Oui ?
– Oui, monsieur, mais aux conditions suivantes : ils devaient payer annuellement à l’empereur un tribut consistant en un faucon, marquant ainsi la soumission de l’Ordre à l’Espagne, car Malte devait retourner à cette nation si les Hospitaliers cessaient de l’occuper. Comprenez-vous ? Ils ne pouvaient abandonner ni vendre l’île. 
– Oui. Le petit homme regarda, par-dessus son épaule, pour vérifier que les trois portes étaient fermées, puis il approcha son fauteuil de celui de Spade et baissa la voix.

Plusieurs fois adapté au cinéma, j'ai choisi une image du film de 1941 avec Humphrey Bogart comme illustration de ce billet.

samedi 15 novembre 2025

Les Caves du Vatican - André GIDE



Un groupe d’escrocs démarche des personnes croyantes et crédules en leur faisant croire que le vrai Pape est séquestré (on apprend dans le roman qu'il est détenu au Château Saint-Ange) et a été remplacé par un clone, et que les ravisseurs demandent beaucoup d'argent pour le libérer. Le roman met en scène plusieurs personnages dans 5 parties nommées "livres", lesquels vont se croiser pour le meilleur et pour le pire : 
  1. Anthime, le scientifique athée et franc-maçon mariée à Véronique, il trouve la foi après une guérison suite à un cauchemar (très drôle) et perd alors ses appuis et se retrouve ruiné,
  2. son beau-frère Julius, marié à Marguerite la soeur de Véronique, est un écrivain qui vient de publier un roman biographique sur son père Juste-Agénor,  
  3. Amédée Fleurissoire, marié à Arnica Fleurissoire, la 3è soeur, qui se retrouve mandaté pour apporter à Rome un chèque pour la rançon du pape, car Valentine de Saint-Prix, la donatrice qui a reçu un des escrocs se prétendant l'émissaire du vrai pape en mission secrète, qui n'est autre que la soeur de Julius, ne peux elle-même s'y rendre,
  4. Le mille-pattes : les personnages commencent à se croiser et il y a des réactions en chaine,
  5. Lafcadio, âgé de 19 ans, il fait partie du groupe d'escrocs et apprend qu'il est le fils naturel de Juste-Agénor et hérite d'un pécule à la mort de celui-ci.
Lafcadio, à qui sa mère avait donné cinq oncles, n'avait jamais connu son père; il acceptait de le tenir pour mort et s'était toujours abstenu de questionner à son sujet. Quant aux oncles (chacun de nationalité différente, et trois d'entre eux dans la diplomatie), il s'était assez vite avisé qu'ils n'avaient avec lui d'autre parenté que celle qu'il plaisait à la belle Wanda de leur prêter. Or Lafcadio venait de prendre dix-neuf ans. Il était né à Bucarest en 1874, précisément à la fin de la seconde année où le comte de Baraglioul y avait été retenu pas ses fonctions.



Après ma découverte de Jean Tardieu (voir Lettres de Hanoï) j'ai eu envie de lire un roman d'André Gide (j'ai lu "la symphonie pastorale" dans ma jeunesse) et j'ai choisi ce titre qui m'intriguait. J'ai bien aimé cette lecture que je n'ai pas vraiment trouvé confuse car le roman est assez court et les pages se tournent toutes seules une fois que l'on est entrée dans l'histoire, ou plutôt les histoires qui se rejoignent comme les rivières finissent dans un fleuve. J'ai bien sûr été étonnée du crime de Lafcadio qui se débarrasse sans état d'âme d'un innocent qui croise sa route, acte gratuit, qui n'est même pas puni même s'il reconnait son crime, mais le fait que l'auteur utilise ce meurtre comme l'intrigue du futur roman de Julius qui se confie à son demi-frère sans savoir qu'il est le tueur est vraiment vicieux mais également humoristique, du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti.

Sous le nom pompeux de Croisade pour la délivrance du Pape, l'entreprise d'escroquerie étendait sur plus d'une département français ses ramifications ténébreuses; Protos, le faux chanoine de Virmontal, n'en était pas le seul agent, non plus que la comtesse de Saint-Prix n'en était la seule victime. Et toutes les victimes ne présentaient pas une égale complaisance, si bien encore tous les agents eussent fait preuve d'une égale dextérité. Même Protos, l'ancien ami de Lafcadio, après opération, devait garder à carreau; il vivait dans une continuelle appréhension que le clergé, le vrai, ne devînt instruit de l'affaire, et dépensait à protéger ses derrières autant d'ingéniosité qu'à pousser de l'avant; mais il était divers, et, de plus, admirablement secondé; d'un bout à l'autre de la bande (elle avait nom le Mille-Pattes) régnaient une entente et une discipline merveilleuse.

Cette histoire rocambolesque est tout à fait amorale (crime impuni) mais reste une lecture plaisante et divertissante grâce au talent de l'auteur qui ne lésine pas sur les descriptions des personnages et de leur environnement.
- Eh bien ! voilà, commença Valentine après qu'Arnica se fut assise : Le pape...
- Non ! Ne me dites pas ! fit aussitôt Mme Fleurissoire, étendant la main devant elle ; puis, poussant un faible cri, elle retomba en arrière, les yeux clos.
- Ma pauvre amie ! ma pauvre chère amie, disait la comtesse...
Enfin Arnica ouvrit un œil et murmura tristement :
- Il est mort ?
Alors Valentine, se penchant vers elle, lui glissa dans l'oreille :
- Emprisonné.
La stupeur fit revenir à elle Mme Fleurissoire; et Valentine commença son long récit, trébuchant sur les dates, s'embrouillant dans la chronologie; mais le fait était là, certain, indiscutable: notre Saint-Père était tombé entre les mains des infidèles; on organisait secrètement, pour le délivrer, une croisade; et il fallait d'abord, pour mener à bien celle-ci, beaucoup d'argent. 

roman publié en 1914

Fleurissoire, durant la longueur du voyage, avait potassé son Baedeker. Une sorte d'instinct, de pressentiment, d'avertissement intérieur, détourna presque aussitôt du Vatican sa pieuse sollicitude, pour la concentrer sur le Château Saint-Ange, l'ancien Mausolée d'Adrien, cette geôle célèbre qui, dans de secrets cachots, avait jadis abrité maints prisonniers illustres, et qu'un corridor souterrain relie, paraît-il, au Vatican.

Pour illustrer cet article j'ai choisi un tableau d'Antonio Joli qui montre le château de Saint-Ange et au fond la basilique Saint-Pierre.